Y a un problème avec les commentaires (suite)

Excès dans les commentaires, excès dans la censure des commentaires. Rupture du dialogue. Crise dans la participation…

Le débat sur “le problème” des commentaires dans les sites des médias se poursuit (cf. novövision : [“Ya un problème avec les commentaires”->http://novovision.fr/?Y-a-un-probleme-avec-les]) et il s’étend…

Comment s’en sortir ?

La participation en ligne ? 0,075% des lecteurs !

Le site [Rue89->http://www.rue89.com] joue la vérité des chiffres, et c’est tout à son honneur. Il a laissé un étudiant en statistiques [analyser en profondeur->http://www.rue89.com/making-of/riverains-de-rue89-qui-etes-vous] ses statistiques d’utilisateurs et surtout, ce qui est bien plus rare, celles des commentateurs.

On trouve dans les résultats de cette recherche une confirmation, mais aussi une surprise, qui bat en brèche le fantasme du web-agora, expression de la démocratie directe.

On savait déjà que moins de 1% des lecteurs d’un site font des commentaires (pour Rue89, c’est 0,75%). La surprise c’est que 80% des commentaires sont postés par seulement 10% des commentateurs, soit au final : 0,075% des lecteurs !

Au delà de la réalité de l'”enjeu participatif”, qui semble largement fantasmé, la question de la représentativité d’une “commentosphère” à la surface aussi réduite se pose aussi…

Contre Aliocha

Je me permets d’emprunter ce titre à la blogueuse anonyme Aliocha, qui avait commis ce grandiloquent billet Contre Eolas, pour afficher à la face du monde toute la douleur de sa rupture avec le maître. Il est vrai qu’on ne brûle jamais si bien que ce qu’on a adoré (la même Aliocha détient en effet…

De l’utilité démocratique des journalistes…

Que les journalistes eux-mêmes aiment à se présenter comme les “chiens de garde de la démocratie”, qu’ils mettent sans cesse en avant ce rôle fondamental qu’ils joueraient dans l’espace public et dans la formation de l’opinion publique, ça se comprend. C’est de bonne publicité, quand il s’agit de défendre toute une corporation, d’obtenir un statut…

Presse en ligne : l’amère leçon du Minitel

Retour, près de trente ans après son lancement, sur la première expérience mondiale de presse en ligne : le Minitel. Ce retour permet, rétrospectivement, d’observer les développements de l’”objet presse en ligne”, dans des “conditions de laboratoire” qui ne sont pas “perturbées” par les questions de la gratuité des contenus et de la nouvelle concurrence…

Le Monde et les universitaires : le divorce est-il consommé ?

La rédaction du journal {Le Monde} a un problème. Un de plus. La révolte de ses lecteurs, ou du moins d’une partie d’entre eux, et pas la moindre en terme d’image et d’influence : le monde universitaire.

Les voix se multiplient parmi les enseignants et les chercheurs pour mettre en accusation, de manière parfois très violente, la couverture du conflit universitaire actuel par les journalistes du quotidien. L’acte d’accusation est sérieux, d’autant qu’il émane d’intellectuels : le traitement du conflit par {Le Monde} serait partial et biaisé, le journal se ferait le relais de la propagande gouvernementale. Waouh !

Un appel radical au boycott du journal a même été lancé par le sociologue Jérôme Valluy sous la forme d’une ironique [{“charte de bonne conduite vis à vis du journal Le Monde”}->http://www.slru.ehess.org/index.php?post/2009/04/03/Sur-la-charte-de-bonne-conduite], qui aurait déjà été diffusée à des milliers d’exemplaires sur des listes de discussion universitaires, et qui est reproduite sur des centaines de sites et blogs sur la toile.

Les journalistes du {Monde}, mis en cause nommément par ces chercheurs qui dénoncent la qualité et l’intégrité de leur travail, semblent déroutés, voire désemparés par la tournure, assez aigre, que prend l’affaire aujourd’hui. On voit bien quelle est la menace, dont il n’est pas acquis que la rédaction du {Monde} ait mesuré l’ampleur : le “syndrome {Libération}”, la chute brutale et massive de l’audience entraînée par une véritable crise de confiance, un désamour d’un titre avec son lectorat. {Libération} a connu ce – très – gros problème au début des années 2000, en perdant brutalement le quart de ses lecteurs, et ne s’en est toujours pas remis, s’il s’en remettra même un jour…

Internet, eldorado ou cimetière de la publicité – et des médias ?

Frédéric Filloux livre une fort intéressante “note du lundi” sur la situation de la publicité en ligne, qui est de moins en moins favorable aux sites de médias, les privant de plus en plus des ressources nécessaires à leur survie.

On peut pousser cette réflexion plus loin encore. Non seulement, en ligne, la publicité n’a plus besoin des médias pour assurer sa diffusion (c’est le fameux “découplage” pub/médias), mais on peut se demander, plus fondamentalement, si internet ne va pas entraîner le déclin de la publicité elle-même.

Les médias, assemblant la publicité et l’information journalistique, ont joué un rôle fondamental dans la formation de la valeur des biens sur le marché de la consommation. Or ils trouvent aujourd’hui en ligne un formidable concurrent qui assure cette fonction économique de manière bien plus efficace qu’eux, remettant en question une part de ce qui justifiait leur existence en même temps qu’elle assurait leurs ressources. Ce sont les communautés d’utilisateurs en ligne, véritables rivales des médias, qui tendent à se substituer à eux pour une partie de leurs fonctions, tout en contribuant à les priver de leurs ressources.

Décidément, l’implantation des médias d’information en ligne pourrait se révéler bien plus difficile que prévu…