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Blogueurs invités sur Transnets (suite) : Éliane Fiolet

Francis Pisani poursuit sur Transnets le débat passionnant ouvert par son billet “Blogalaxie/1: ça grince”. Après m’avoir invité sur son blog (“Blogalaxie/2: collisions et métissages”), il donne aujourd’hui la parole à Éliane Fiolet, “co-fondatrice de Ubergizmo.com ou elle écrit sur l’internet et les nouvelles technologies”, dans un troisième billet : “Blogalaxie/3: Qui suis-je?” :

(noir)“Je blogue donc je suis… mais je ne sais pas qui.

(noir)Et les catégorisations des nouveaux médias proposées par Narvic dans son billet “Blogalaxie/2: collisions ou métissages” (en reponse au billet de Francis ) ne me conviennent pas forcément. Je les trouve très liées à notre culture française, notamment celles concernant TechCrunch (”emprunte la forme du blog”) et Presse Citron (”version hybride du blog”) qui rejettent l’idée de la professionnalisation du blog en dehors du cadre des média dits traditionnels.”

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La suite à lire et commenter sur place…

Je reproduis ici tout de même mon propre commentaire au billet d’Éliane Fiolet, (pour archivage sur novövision 😉 ) :

narvic @ Éliane Fiolet (sur Transnets) :

(noir)Je comprends que mes “catégorisations” ne vous conviennent pas trop. Pour tout vous dire, elles ne me conviennent pas à moi non plus… 😉 C’est peut-être, comme vous le suggérez, un problème, très français : lié, à mon sens, à l’attitude du corps des journalistes professionnels français, qui ont tendance à réagir face aux pressions extérieures, qui les poussent à changer, par la fermeture et la résistance, plutôt que l’ouverture et l’adaptation.

(noir)Deux exemples :

(noir)Presse-Citron : il me semble assez clair aujourd’hui que ce blog est devenu un média et que son animateur fait un travail de journaliste. C’est un journalisme “dépoussiéré” d’ailleurs, dans son ton et son rapport aux lecteurs : Eric Dupin est placé au milieu de ses lecteurs (et pas au dessus), dans une conversation directe et constante avec eux.

(noir)Ce blogueur, devenu professionnel, devrait donc, à mon avis, être accueilli naturellement et à bras ouverts, par la profession de journalistes. Or j’ai bien conscience que cette seule idée fait déjà crier bon nombre de mes confrères. Alors, aller leur dire aussi qu’ils devraient, en plus, s’inspirer de sa pratique pour rénover la leur, il reste beaucoup de travail à faire pour les convaincre !

(noir)le second exemple est le mien : ce n’est pas tant la censure que je redoute, qui me pousse à ‘l’étanchéité”, que… l’autocensure. 😉 Les journalistes français (mais peut-être un peu les autres aussi) se sont eux-mêmes enfermés dans une position dont ils ne parviennent pas à sortir et qui est une impasse : la prétention à l’objectivité, au statut d’observateur social dégagé, à une “mission” d’intérêt public, de “chiens de garde de la démocratie”, dont certains prétendent quasiment détenir une sorte d’exclusivité.

(noir)Ce discours s’est beaucoup renforcé, et durci, chez les journalistes durant la seconde moitié du XXe siècle. Mais il parait aujourd’hui très inadapté aux attentes du public, surtout depuis l’ouverture d’internet à l’autopublication, la mise à disposition en direct et sans filtre des sources d’informations, la possibilité nouvelle de mettre toutes les sources en concurrence, tout ce qui entraîne la tombée des monopoles que détenaient les journalistes en ces domaines.

(noir)Le journaliste qui tente de sortir de ce discours se place aussitôt dans une position très inconfortable vis à vis du corps professionnel, il prend le risque d’être marginalisé. L’attitude de la majorité des journalistes professionnels français envers les blogs, même quand ils en tiennent un eux-mêmes, en témoigne.

(noir)Quand j’écris, sous pseudonyme, mais comme journaliste, que la profession de journaliste doit s’ouvrir délibérément aux blogueurs, ça suscite déjà de violentes réactions professionnelles. Et je vois bien qu’un certain nombre de mes confrères, qui pensent la même chose que moi, se tiennent soigneusement à l’écart de ce débat (du moins en public !). Et nous savons très bien pourquoi !

(noir)Je ne veux qu’illustrer la force des résistances au métissage et à l’hybridation qui se révèlent dans cette collision. Elles viennent des deux côtés, mais elles me semblent plus fortes (et même parfois agressives) de la part du “monde des médias”.

(noir)Alors je milite moi-aussi pour le métissage, mais je ne me sens pas dans une position personnelle assez assurée, pour assumer entièrement ma propre hybridation. Mais j’y travaille… 😉 Et cette phase transitoire est probablement nécessaire pour faire “bouger” les journalistes…

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