sur le web

Blogueurs et journalistes : premières leçons d’une Odyssée de l’info

J’avais prévenu que je regarderais de près le résultat de l’initiative originale de L’Express, à l’occasion de la parution de son 3001e numéro, d’associer des blogueurs à la co-production de son site web. Une première série d’articles est aujourd’hui publiée sur le site (la liste des contributions sur une même page), j’en ai lu la plupart et ça m’inspire quelques remarques.

Certains blogueurs ont fait du “pur blogging”, j’entends par là qu’ils ont fait comme habituellement sur leur blog, en proposant des billets (ou des vidéos) qui ne relèvent pas du “genre journalistique”, mais d’autre chose, et c’est assez amusant de voir ça au beau milieu des articles des journalistes de lexpress.fr. Un vrai choc de culture.

Certains blogueurs ont fait aussi comme sur leur blog, mais leur production habituelle relève déjà largement, à mon avis, du journalisme. Ils n’ont nullement à rougir de la comparaison. C’est même plutôt le contraire : ces blogueurs écrivent souvent dans leur domaine d’expertise, sur des sujets qui relèvent de leur compétence professionnelle, et dans lequel leurs analyses sont souvent de meilleure qualité que celles des journalistes.

Il y a enfin ces blogueurs qui se sont essayés à “faire du journalisme”. Avec plus ou moins de succès, mais avec parfois un succès remarquable. Comme quoi, c’est pas si difficile d’être journaliste…

Un certain nombre de choses intéressantes apparaissent au fil de ces lectures : il y a des choses que les journalistes savent faire et qui présentent quelques difficultés pour les blogueurs (c’est tout de même un métier qui demande certaines maîtrises techniques qui ne s’acquièrent pas en une heure), mais les blogueurs maîtrisent eux-aussi des techniques, propres à internet, mieux que les journalistes (qui ont parfois du mal à s’y mettre).

Il y a des différences de ton, de style, de centres d’intérêt, de manière d’aborder les sujets, qui marquent des territoires spécifiques du journaliste et du blogueur. Le plus manifeste est la manière de dire “je”, d’être personnellement présent dans son propre texte, jusqu’à parfois la mise en scène de soi, très courante chez les blogueurs et que s’interdisent généralement les journalistes.

Mais ces différences, qui relèvent essentiellement de la forme, ou du positionnement personnel vis à vis de son propos, n’ont rien d’insurmontable. Cette expérience manifeste qu’il n’existe pas une frontière entre le journalisme et le blogging, mais une transition très progressive, et ceux qui se trouvent “au milieu” de ce continuum appartiennent aux deux côtés.

Les blogueurs qui font du blogging

– Mry (Choses vues) : “Il faut réouvrir les maisons closes” (vidéo)

Mry, c’est un cas. Je vous recommande ce petit bijou de pure provocation destinée à choquer le bourgeois, en profitant de l’occasion pour se mettre en scène soi-même (ça fait partie du personnage).

On n’est pas dans le journalisme ici, mais dans la chronique, dans le billet d’humeur. C’est un art authentique et il est ici maîtrisé avec brio. C’est ça aussi les blogs, et c’est très amusant de voir ça sur le site de L’Express. :-))

Les blogueurs politiques

– Alain Lambert (son blog) : Qui pourrait menacer le succès du plan de relance?

Alain Lambert, c’est tout autre chose. Le sénateur est aussi un blogueur confirmé. Son billet ne relève pas non plus du journalisme. Il s’agit de commentaire politique éclairé, mais pas comme un éditorialiste. Il s’agit d’une tribune. Comme de nombreux autres blogueurs politiques le font (mais ici à un haut niveau, ce qui n’est pas toujours le cas), Alain Lambert défend une opinion politique. Sa place dans la vie politique suffisait à lui ouvrir déjà les colonnes des médias, on n’est donc guère surpris de le lire ici. D’autres blogueurs politiques doivent participer à l’opération mais n’ont pas encore rendu leur copie : le contraste pourrait s’avérer plus saisissant.

Cette forme de blogging rend à mon sens parfaitement obsolète le genre journalistique de l’éditorialiste et son statut improbable et bâtard. Le journaliste est en effet fort mal placé pour faire du commentaire politique, tout en prétendant ne pas faire de la politique. Cette position est intenable, et elle l’a toujours été. Commenter la politique, c’est déjà faire de la politique : ça implique un engagement, c’est exprimer une opinion. Les journalistes qui éditorialisent ne sont pas francs s’ils ne l’admettent pas, et s’ils l’admettent, c’est qu’ils ne font plus du journalisme. Je l’ai déjà écrit ici et je n’ai pas changé d’avis, les blogueurs politiques sont en train d’avoir la peau des éditorialistes, et c’est tant mieux. 😛

– Malek Khadhraoui (Stranger) : Le ministre des Affaires étrangères tunisien en flagrant délit de mensonge?

Autre figure du blogueur politique, Malek Khadhraoui est un militant qui ne pourrait s’exprimer comme il le fait sans internet et le blog. La critique du pouvoir, et même la simple information impartiale, étant interdites dans la sévère dictature qu’est la Tunisie, les Tunisiens n’ont aucune chance de lire ça dans les médias de leur pays. C’est le blogging comme véritable média alternatif pour contourner la censure politique. Là encore, un bel exemple de blog indispensable.

Les blogueurs qui témoignent

– Morgane (la fille du rock) : Du bon usage de MySpace par les musiciens

– Marina (La Pétillante) : L’insoutenable légèreté de la jeunesse dorée libanaise

– Nicolas Ngonga (landofthegeeks) : Dieudo t’as fait le con!

Ces trois exemples relèvent également du “pur blogging” et pas du journalisme. Ces trois blogueurs prennent la parole en ligne pour témoigner de leur propre situation. Morgane explique, avec beaucoup de pédagogie, comment elle utilise MySpace pour faire connaître le groupe de rock dans lequel elle joue. Marina témoigne d’une situation qu’elle connaît et dans laquelle elle est impliquée : la vie de la jeunesse dorée de Beyrouth. Nicolas Ngonga s’adresse directement à Dieudonné, pour témoigner de son incompréhension de l’évolution récente de l’humoriste. Ces trois témoignages intéressants ont bien évidemment tout à fait leur place dans un média d’information. Ce qui change avec le blog, c’est que les médias ne sont plus un passage obligé pour que ces blogueurs publient leur témoignage. Ils peuvent le faire seuls grâce au blog.

Les blogueurs qui sont déjà des journalistes (ou presque)

(Enikao) (BlokNot) : Les nouveaux avatars de la peur du Web

– Stanislas Magniant (Netpolitique) : Barack Obama, président des internautes ?

– Christophe Asselin (inFLUX) : Les veilleurs sont-ils de vulgaires espions?

– Olivier Mermet (le blog de nuit) : RFID: des dresseurs de puces aux dresseurs d’entreprises

– Cyrille Chaudoit (veille2com) : La suppression des DRM sur iTunes suffira-t-elle à sauver l’industrie musicale ?

Ces cinq billets sont rédigés par des blogueurs, mais par leur sujet autant que par le traitement qu’ils en font, il s’agit bien de journalisme. Etre journaliste et faire du journalisme ce n’est en effet pas la même chose. Ces cinq blogueurs proposent des analyses dans des domaines dans lesquels ils sont experts. Ils s’y connaissent en tout cas probablement plus que la plupart des journalistes.

D’autant que ces cinq articles sont tous en rapport avec internet (que les journalistes connaissent mal) et en abordent des aspects pointus qui sont traités de manière remarquable. Combien de journalistes sont en mesure de faire mieux ?

– comment internet est présenté par le gouvernement et en quoi cette communication basée sur la peur traduit surtout une ignorance ((Enikao)) ;

– en quoi l’utilisation d’internet par Barack Obama durant sa campagne devient maintenant un véritable défi pour sa manière de gouverner (Stanislas Magniant) ;

– pourquoi la mise en place d’une veille de l’information sur internet par le ministère de l’Education a-t-elle été si mal reçue par le monde enseignant (Christophe Asselin) ;

– la technologie en plein développement des puces RFID pose des problèmes de nature éthique qu’il ne faut pas négliger (Olivier Mermet) ;

– l’industrie musicale abandonne en partie les verrous électroniques qui formaient un obstacle au développement du téléchargement légal de musique sur internet (Cyrille Chaudoit).

Ces blogueurs ont parfois le défaut de tous les experts : la difficulté à vulgariser un sujet qu’ils maîtrisent, mais pas forcément tous les lecteurs. Mais la qualité de leur information et leur analyse sont de première ordre. Ils témoignent fort bien de la richesse de ces blogs d’experts, où l’on trouve souvent un meilleur traitement des questions complexes que dans les médias traditionnels, et très souvent avant eux. Les journalistes commencent d’ailleurs à y puiser largement.

Les blogueurs qui s’essayent à faire du journalisme

– Samuel (Authueil) : Parlement: pourquoi ce torrent d’amendements?

– Samuel (Authueil) : Pour les ex-ministres, un siège de député ne se donne pas

Les deux contributions de Samuel pour cette opération sont pour moi la seule véritable découverte. Samuel est un authentique blogueur. Son blog est un lieu de prise de position politique, parfois délibérément provocatrices, et de débats, parfois vifs. Samuel s’affirme de droite, mais ses positions sont très rarement partisanes et toujours sincères et personnelles. Mais ici, pour L’Express, Samuel s’est essayé à tout autre chose que ce qu’il fait habituellement sur son blog : ces deux articles sont du véritable journalisme et même de l’excellent journalisme.

Samuel est assistant parlementaire et connaît bien la vie politique française et les institutions, mais il ne fait là ni une tribune, ni un témoignage, mais deux articles de vulgarisation politique remarquablement pédagogiques, clairs, nets, précis et simples, sur deux questions pourtant complexes :

– comment fonctionne la procédure d’amendement des lois en débat au Parlement et ce qu’entend changer le gouvernement en la matière ;

– en quoi consistait et quel était l’objectif de la loi, qui vient d’être rejetée par le Conseil constitutionnel, au sujet du siège parlementaire des ministres qui quittent le gouvernement.

Les journalistes français n’ont pas toujours autant de réussite dans leurs efforts pédagogiques. Ils négligent même parfois cet aspect pourtant fondamental du travail que l’on attend d’eux. Ce n’est pourtant pas si difficile, puisqu’un blogueur peut le faire. 😛

Pas de frontière entre blogueurs et journalistes

Ces quelques exemples démontrent quelque chose, à mon avis, outre l’intérêt de cette opération elle-même. C’est qu’il n’y a pas de véritable frontière entre blogueurs et journalistes, où s’il y en a une, on trouve beaucoup de monde dans le no man’s land entre les deux postes de douane…

Les “deux mondes”, qui ont souvent tendance à se regarder en chien de faïence et à sommer tous ceux qui sont au milieu de choisir leur camp, ont au contraire bien intérêt à explorer ces passerelles. Car on voit aussi que les “deux mondes” ont des choses à apprendre l’un de l’autre.

Les journalistes maîtrisent des techniques d’expression qui leur permettent d’être compris par le plus grand nombre, ce qui pose souvent des problèmes aux blogueurs. Eric Mettout, le patron du site l’express.fr, le signale dans la courte vidéo ci-dessous où il raconte, à chaud, ses premières impressions sur cette expérience vue de l’intérieur.

On en voit de nombreuses traces dans les billets pointés ci-dessus : beaucoup d’expression “de spécialistes” qui ne sont pas expliquées et qui échappent au profane, des pratiques qui “ne passent pas” dans les médias, comme de glisser dans son article des citations en anglais sans les traduire, une expression qui table souvent sur le fait que l’on “va être compris”, alors qu’il vaudrait mieux tout tenter pour l’être et ne pas imposer trop d’efforts aux lecteurs…

Dans d’autres billets que je n’ai pas cités ici, on sent des tentatives maladroites de “faire comme” les journalistes et qui tombent à plat, surtout quand des blogueurs tentent de sortir de leur domaine de prédilection pour s’essayer à des sujets qu’ils maîtrisent moins : ne pas entrer assez vite dans le vif du sujet, se perdre dans des digressions sans fin, manquer de vie, être ennuyeux. On constate parfois des manques criants de mise en perspective de l’information, quand quelques rappels historiques et d’autres éléments de contexte sont absolument indispensables à la compréhension du propos par le plus grand nombre et font cruellement défaut.

D’un autre côté, tous ces blogueurs manifestent une maîtrise de techniques liées à internet, que n’ont généralement pas les journalistes : le placement de liens externes dans leurs textes et l’aisance dans la manière de les placer (c’est une technique rédactionnelle en réalité pas si simple que ça), le recours facile à la vidéo à l’intérieur même des billets.

Les blogueurs savent aussi manier le “je”, ce qui établit une relation singulière entre le rédacteur et le lecteur, ce qui donne un ton à leurs billets, une forme de naturel dans l’écriture, qui accroît finalement leur efficacité. Les journalistes au contraire s’efforcent de chasser le “je” de leurs papiers, ce qui conduit à une forme de style impersonnel et aseptisé, et pour tout dire artificiel.

Dans le ton et dans le style, les blogueurs apportent de la fraîcheur et du renouvellement, dont les journalistes feraient bien de s’inspirer.

Pour finir, je laisse la parole à deux autres personnes qui ont publiés des commentaires au sujet de cette opération. Pour rester dans le ton de mon propre billet… il y a un blogueur et un journaliste :

– Le blogueur François Guillot (Internet & Opinions), dans un commentaire sur le blog du journaliste-blogeur Jeff Mignon, sur MédiaCafé :

(noir)Je voudrais partager un ressenti en observant l’opération de l’Express.fr pour le numéro 3001.

(noir)L’Express a invité de nombreux blogueurs sur son site web pendant les 3 jours de l’opé (de mercredi à aujourd’hui). On peut distinguer les articles écrits par les journalistes des articles écrits par les blogueurs par un petit label qui précède le titre de l’article : “l’actualité vue par les blogueurs”.

(noir)Et bien j’ai beaucoup moins envie de lire les contenus des blogueurs dans ce format que dans leurs blogs, sur leurs terrains. Et je crois que c’est parce que je n’ai que le titre de l’article et pas son auteur. Après tout je me fiche de savoir que ce soit un journaliste ou un blogueur qui l’ait signé. Mais j’ai ce besoin de connivence dont parle Narvic dans le mail précédent.

(noir)Il me semble donc qu’il y a un fort enjeu à faire identifier les visages des journalistes pour créer des relations de connivence. Qui passeront par leur plume, mais aussi leur implication dans la discussion.

(noir)La marque media perd en valeur ; la marque devient l’auteur.

(/noir)

– Le journaliste Eric Mettout patron de lexpress.fr, à l’origine de cette opération :

– Le blog dédié à cette opération : 3001, l’Odyssée de l’info.

8 Comments

  1. “les cinq blogueurs proposent des analyses dans des domaines dans lesquels ils sont experts. Ils s’y connaissent en tout cas probablement plus que la plupart des journalistes”
    ça vaut aussi pour Samuel non ? Pourquoi l’avoir classé dans une catégorie à part ? Sinon je suis bien d’accord : son blog est bien plus intéressant que ce que l’on peut lire sous la plume des journalistes politiques.

  2. @ Monsieur Prud’homme

    Relisez-bien les articles de Samuel pour l’Express, par rapport à ce qu’il écrit habituellement sur son blog (que je connais bien et sur lequel il m’arrive régulièrement de commenter) : il n’écrit pas de la même manière, ce sont des textes de nature différente.

    Pour L’Express, Samuel manifeste la volonté de se placer dans une position de journaliste, pour essayer de faire comprendre quelque chose d’intéressant au plus large public, et non dans le cadre habituel de son blog et d’un débat d’opinion dans un club d’habitués (ce qui est tout aussi honorable).

    Les autres blogueurs que je cite, sont déjà habituellement dans cette démarche très proche du journalisme dans leurs blogs.

    Voilà pourquoi j’ai fais une “case” spéciale pour Samuel.

    En réalité, si vous lisez un certain nombre des billets de l’express que je n’ai pas cités, plusieurs autres blogueurs se sont essayés à faire un travail de journaliste, mais ce n’est pas forcément aussi concluant que dans le cas de Samuel. 😉

  3. C’est malin, tu viens de faire exactement le papier que je comptais produire 😉

    Cette opération est importante, vraiment, car c’est la première fois qu’on rapproche d’aussi près et avec une telle ampleur le monde du journalisme et le monde des blogs.

    Bravo à l’Express d’avoir osé, d’autant plus que l’Express a donné de multiples signes d’ouverture vis-à-vis des blogs, depuis de nombreux mois.

    J’ai passé un peu de temps dans les coulisses de cette opération à l’Express comme “observateur”, j’avais même avancé que c’était “l’heure de vérité” sur la question de la relation entre journalistes et blogueurs. C’est sans doute exagéré mais cela permet en effet :

    * de cerner définitivement les différences de style, de pratiques et d’approches entre journalistes et blogueurs

    * de voir que le blogueur mis dans une situation de journaliste n’est pas forcément 100% à l’aise. Rien de surprenant là-dedans, on ne répètera jamais assez qu’être journaliste c’est un métier et j’espère que cette opé contribuera à la (re)prise de conscience de cette évidence. Les blogueurs ont à apprendre des journalistes (savoir se rendre lisible, être pédagogique même quand on est expert) et inversement (le “je”, les liens externes, etc.)

    En particulier, j’ai trouvé les papiers d’angle que j’ai lus très experts – comme toi -, et pas assez “down to earth”. Ils auraient par exemple gagné à démarrer sur des rappels de faits (pourquoi on parle de ce sujet aujourd’hui, quels sont les éléments d’actualité qui nous amènent à ça) avant de partir dans le vif du sujet, histoire de permettre au profane de rattraper le train en marche.

    Un point qui m’a surpris, c’est la bonne volonté de certains blogueurs pour se mettre dans la peau des journalistes, c’est à dire dépouiller des archives, conduire des interviews, etc. Ce travail de terrain est assez peu présent sur les blogs qui utilisent généralement des sources en ligne et font un travail d’enquête et d’interview limité. Plutôt surpris et content de voir des blogueurs s’y prêter.

    Le dernier point au stade de réflexion où j’en suis, c’est mon commentaire chez Jeff que tu as repris : je me suis surpris à avoir la flemme de cliquer sur les contributions de blogueurs sur le site de l’express, parce qu’il n’y avait que le titre de l’article et pas le nom du blogueur. Je suis sûr que j’aurais cliqué plus facilement si le nom du blogueur avait été écrit à côté du titre du papier. Bien sûr mon cas est particulier, le lecteur moyen de l’express.fr s’en fout.

    Mais cela m’amène à la réflexion sur la connivence et la “marque auteur” que je livre chez Jeff – très brut de décoffrage, et que tu cites ici.

    Enfin je dois aussi dire que ce que j’ai vu de l’intérieur était intéressant du point de vu de “l’accouchement des sujets” : Eric Mettout a bel et bien joué ce rôle d’accoucheur, aidant les blogueurs à choisir leurs angles et à aller au bout de leur réflexion et de leur logique, proposant les ressources journalistiques aux blogueurs :
    – le service vidéo de l’express
    – les archives de l’express
    – la capacité des journalistes à “passer un service de presse ” (c’est du verbatim) pour aller décrocher une interview.

    Maintenant il faut que je finisse de lire tous les papiers pour voir si je partage pleinement ta typologie et ton analyse de ce que cette opération a produit.

  4. Narvic

    Je suis très flatté de tes commentaires…

    Mais ce travail explicatif, je le fait déjà sur mon blog, dans la rubrique “parlement”. Je me suis contenté, sur l’Express, de faire la même chose en évitant au maximum toute prise de position personnelle pour rester dans l’explicatif.

    Ma conception du journalisme, c’est decrire et décrypter. On donne aux lecteurs les éléments pour qu’ils se fassent eux même leur opinion.

    Cette opération a été très intéressante pour moi, car elle m’a permis de me jauger par rapport aux professionnels. J’ai écrit comme je le fais pour mon blog et il y a eu assez peu de corrections de la part d’Eric Mettout (et encore seulement stylistiques). J’en conclu que j’ai assez largement le niveau “journaliste pro”. Je m’en doutais :), mais maintenant, j’en ai la preuve !

    Deuxième intérêt de l’opération, c’est de voir comment les journalistes travaillent dans une rédaction web. Ce demythifie ! Maintenant, j’ai une vision encore plus claire de ce qu’est le journalisme web.

    Et surtout, je sais que ce n’est pas un métier que je ferais.

    Par contre, j’ai maintenant la confirmation qu’il existe une place pour les blogueurs experts, qui peuvent produire des contenus que les journalistes ne sont pas en mesure de produire faute de compétences techniques, mais aussi parce que ces sujets ne sont pas assez “rentables” (demandant trop de temps, pour un succès limité auprès des lecteurs, au détriment d’autres sujets plus importants ou plus porteurs). Il y a donc une véritable complémentarité entre journalistes web et blogueurs experts. Le média we d’avenir est celui qui saura faire travailler les deux ensemble, dans l’idéal avec beaucoup de blogueurs experts et seulement quelques journalistes pour la coordination et le contrôle qualité…

  5. Je republie ici mon commentaire posté chez Jeff, vu que la conversation a lieu ici et là-bas.

    @François
    3001 sur Lexpress.fr était une opération exceptionnelle et cantonnée à 3 jours.
    Il est clair qu’intégrer des bloggers ou internautes-experts dans la durée dans la production de l’info prendrait (prendra j’espère!) une toute autre forme.
    Tu poses la bonne question : quelle est la forme d’intégration optimale?
    > si l’on veut préserver cette connivence entre un blogger et son lectorat, il faut qu’il soit identifié en tant que tel dans le site. Le blogger est presqu’une “marque” au sein de la marque média (ce qui est le cas aussi d’ailleurs pour les chroniqueurs dans un journal).
    Mais finalement il sera tj traité différemment dans le site et ne participera pas totalement à sa fabrication, mais sera bien distingué
    > lepost.fr va plus loin en ayant bati son site sur un ensemble de producteurs d’info, qu’ils soient journalistes ou internautes-experts. C’est le challenge à mon sens à relever pour une marque média qui a une histoire et des valeurs associées (c’est d’ailleurs pour ça qu’ils l’ont fait sous une nouvelle marque et pas sous lemonde.fr très probablement ) : maintenir un “contrat de lecture” avec son lectorat avec sa ligne édito, son ton etc. (complexe si on travaille avec une multitude d’internautes-experts)…tout en préservant la connivence (propre au web) bloggers/lecteurs grâce à leurs espaces persos qu’on leur réserve.

    On a une expérimentation en cours avec Géraldine Dormoy qu’on vient d’embaucher sur lexpress.fr/styles. Maintien de son blog et journaliste de styles.fr. A suivre…

    @Narvic.
    Bravo pour cette analyse qu’Eric ne manquera pas de venir commenter 😉

    Sophie (éditeur de lexpress.fr)

  6. @ Sophie

    Que Eric vienne ici, je l’attends ! (il connaît bien le chemin) Ne sommes nous pas de “meilleurs ennemis” ? :-))

    Je reconnais le caractère très original de l’expérience proposée et le résultat est plutôt intéressant. Même si Eric semble un peu déçu, moi, pas tant que ça… 😉

    Ce qui me semble intéressant c’est la démarche vers les blogueurs d’un médias qui vient du papier, car sur le net, en matière d’intégration, Rue89 et Lepost sont tout de même en avance sur ce sujet…

    Non ?

    @ François

    Désolé de t’avoir coupé l’herbe sous le pied. Tu n’as pas dégainé assez vite. Dommage pour toi.

    J’attends ta proposition de typologie. La mienne reste très empirique.

    @ Samuel

    Je maintiens que tu as fais un effort réussi pour L’Express qui n’est pas du même ordre que ce que tu fais habituellement sur ton blog : pas un texte pour susciter le débat et la confrontation d’idées (ce qui est fort honorable et même très utile, voire indispensable), mais un texte pour essayer de permettre aux lecteurs de comprendre un question complexe mais importante. Une question plutôt mal mal expliquée d’ailleurs, voire négligée, par les journalistes.

    Tu sais bien qu’il n’y a aucun flatterie dans mon propos. J’espère que ma sincérité se voit. D’autant que je n’ai aucun intérêt particulier dans cette affaire. Ça me semble évident, mais il faut peut-être mieux le dire, car les lecteurs n’ont pas particulièrement de moyen de le savoir. Alors autant le dire. Ça ne coûte rien. Je n’ai aucun intérêt personnel à cette affaire. 😉

  7. Salut Narvic, belle analyse de l’opération (que tu parais avoir suivi d’encore plus près que moi!). Assez d’accord avec toi dans l’ensemble, mais deux remarques:
    – Tu connais mon credo: des blogueurs qui font du journalisme, en tâchant d’en suivre les règles, deviennent des journalistes. Ca n’empêche pas qu’un blogueur qui fait du blog reste blogueur.
    – Ce que tu n’as pas vu (et pour cause, c’est pas fait pour être vu), c’est tout le travail d’accompagnement qui a présidé à la mise en ligne de ces articles, plus ou moins en amont, la discussion sur les sujets, les corrections, les discussions, les conférences de rédaction, même. C’est aussi ce travail-là qui fait la différence: un journaliste ne travaille pas tout seul.
    Merci, en tous cas, pour ton papier: il va servir!

  8. @Narvic
    Assez d’accord sur la longueur d’avance du post.fr et de Rue89.fr sur l’intégration de bloggeurs ou experts non-journalistes dans la production d’info (quoique les journalistes de rue89.fr semblent avoir largement repris le dessus, on voit peu d’internautes).
    Encore une fois plus facile à faire sous une nouvelle marque …

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