Blogueurs invités

Blogeurs vs journalistes : à la fin les blogueurs gagnent

Nicolas ferme Versac et débarque sur novövision… narvic déserte novövision pour aller s’exprimer sur Transnets… Maintenant Cédric s’échappe de son blog à son tour pour venir publier ici… C’est ce qu’on appelle “les grandes migrations estivales” appliquées aux blogs. 😉

Cédric Errero propose habituellement ses “réflexions et interrogations sur les zones de rupture tranquille et notre désir d’avenir” sur son blog “Dans la tête d’un consultant en développement durable …” (et il commente aussi souvent ici). Souhaitant intervenir dans le débat sur les rapports – parfois difficiles – entre blogueurs et journalistes, il m’a demandé à le faire ici, où je l’accueille avec plaisir.

Après celui de Nicolas, voilà donc un autre regard de “pur blogueur”, volontiers critique, porté sur les journalistes et leur “panique” vis à vis des blogueurs, sur le “blogging” et le sens donné à “la mort de Versac.net”…

Une analyse sans concession sur tout ce que contient de “ça va de soi” le discours habituel des journalistes, que, pour une fois, Cédric considère comme n’allant par forcément de soi et pouvant – éventuellement – prêter à débat…

Il va de soi, Cédric… que je partage le point de vue selon lequel les journalistes ne sont pas les seuls à avoir des choses à dire sur ce métier et la manière dont ils le pratiquent. Les portes de novövision te sont donc grandes ouvertes… 🙂

narvic.

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« Des marionnettes d’une nécessité qu’il faut décrire. » Pierre Bourdieu, parlant des journalistes (“Sur la Télévision”, Pierre Bourdieu -1996).

Possible, sans doute, de ne pas débuter pied au plancher. Mais puisque nombre de journalistes sont fort occupés à paniquer, donc la tête ailleurs, capter leur attention nécessite un peu de technique … journalistique. C’est le jeu.
Point trop n’en faut cependant, l’idée n’est pas de fournir ici à la fiction corporatiste “les journalistes” de quoi se nourrir : bosser à TF1, à l’Equipe, à Voici, au Figaro, à la Provence, à Rue89, au Post, c’est obéir à des patrons différents (de moins en moins, certes), participer à des projets économiques différents, appartenir à des champs concurrentiels différents, subir (ou pas) des pressions différentes, évoluer dans des sphères humaines différentes, etc. Bref, aucun rapport.

Seules quelques lois communes sur la liberté de la presse pourraient laisser supposer un corps homogène et des combats communs (Robert Menard le vit ainsi, mais la situation en France n’est pas à ce point grave qu’il faille tous se lever pour Danette).
Avant internet, les fictions corporatistes permettaient à peu de frais de se soustraire à la critique, de se protéger des attaques des autres, et j’ai plus vite fait d’écrire d’ailleurs directement conservatisme et discours du “cela va de soi”. Le siècle dernier. La préhistoire.

Bourdieu n’est néanmoins pas mentionné par hasard : il est peu apprécié par la fiction “les journalistes”, et vous le croiserez à plusieurs reprises dans le présent exercice (qui a dit, au fond, “oui surtout dans tes phrases à rallonge ?”. Pffff).
Pour encore mieux nous épargner cette fiction corporatiste, les travaux d’un autre sociologue, moins virulent, ou plus aisément repérable comme constructif, semblent précieux : Cyril Lemieux, et son “Mauvaise presse” (2000).

Particulièrement les 3 trois grammaires (“l’ensemble des règles à suivre pour agir d’une façon suffisamment correcte aux yeux des partenaires de l’action.” Cyril Lemieux, “Mauvaise presse” – 2000)] que tout journaliste orthodoxe manierait systématiquement : grammaire privée pour accoucher en confiance un informateur (le off), grammaire publique visant à assurer de la fiabilité de ses dires (le on), et grammaire de la réalisation relative à la mise en forme de son travail.

Ce que parler veut dire, pour un journaliste

“Est légitime une institution, ou une action, ou un usage qui est dominant et méconnu comme tel, c’est-à-dire tacitement reconnu.” Est légitime ce “qui produit l’essentiel de ses effets en ayant l’air de ne pas être ce qu’il est”. ?Pierre Bourdieu (“Ce que parler veut dire”, Pierre Bourdieu (1977, parution plus tardive).

Faisons l’hypothèse que chaque journaliste, et son employeur artificiellement solidaire, rechercherait le monopole (Sus aux ivresses complotistes que l’on me prêterait : “Les mécanismes sociaux ne sont pas le produit d’une intention machiavélique ; ils sont beaucoup plus intelligents que les plus intelligents des dominants”. (cf. Pierre Bourdieu (1977), ci-dessus) , oui, une note dans une note, et alors ?)) sur l’information des cerveaux d’une partie de la population, pour paraphraser Bourdieu dans la joie.

Historiquement, il se pourrait que ce monopole fut un rasoir 3 lames, vraisemblablement en rapport avec les 3 grammaires de Lemieux :

  • monopole de la capacité à accoucher, fabriquant l’illusion que le journaliste est, cela va de soi, le seul digne de confiance à qui se confier ;
  • monopole de la capacité à restituer avec fiabilité les faits, fabriquant l’illusion que seul le journaliste, cela va de soi, est à même de raconter la vérité ;
  • monopole sur la capacité à mettre en forme le contenu, fabriquant l’illusion que seul le journaliste, cela va de soi, est capable de maîtriser titraille/format/timing/etc.

Je crois qu’il serait envisageable de positionner dans un diagramme en 3 dimensions chaque pratique journalistique individuelle. Comment se situeraient J.-M. Aphatie, Birenbaum et Morandini, exemples pris complètement au hasard, dans cet espace des “cela va de soi” ? Quel(s) monopole(s) chacun privilégie-t-il ? A l’écrit, à la radio, à la télévision, sur le web, en fonction de leurs employeurs, qu’est-ce qui éventuellement change ou perdure dans leur pratique ?
Marrant, non ? Je trouve.
Au passage, rions ensemble amis bloggers de ce qui semble “aller de soi” dans les médias depuis un certain temps : la fiction “les journalistes” serait garante du bon fonctionnement de la démocratie.

Ce que blogger veut dire

Il me paraît aller de soi (!) que le blogging s’oppose aux effets du rasoir 3 lames et des “3 grammaires du journaliste”, bases du “cela va de soi” journalistique, puisque on y croise, dans un jouissif désordre :

  • des commentaires sur l’actualité et la marche du monde, subjectivité 100% assumée ;
  • le passage à l’écrit de la langue bien pendue et déviante du bistrot du coin (avec ses excès : les trolls) ;
  • le court-circuitage par la structure en réseaux multiples et le rejet historique des légitimités “historiques” ;
  • une grammaire publique (ou ses ersatz) sous pression, commentaires grands ouverts ;
  • une grammaire de la réalisation journalistique inadaptée, puisque ça se passe entre écrit et oralité, dans un flux rss-isé incessant et non contrôlable (sauf à devenir taré) ;
  • une absence structurelle d’organisation et de hiérarchisation de l’information (et donc la possibilité de picorer ici et là, d’être autonome).

Tutti quanti. Paragraphe volontairement et involontairement court.?Définitivement pas dans l’esprit de mettre des mots sur des millions de pratiques : un blogger = une pratique.

Définitivement compliqué de se pencher sur sa propre pratique.

Ce que paniquer veut dire

Ma vision de la mécanique économique médiatique est celle-ci :?En fonction de la cible (taille, sociologie, etc.), choisir le ou les plus petits communs multiples (PPCM) pour à partir des faits plus ou moins biaisés (Faits dont l’établissement est éventuellement biaisé par le même PPCM. Le journaliste n’est pas policier, sinon l’affaire Grégory aurait été résolue depuis longtemps) générer des projections gratifiantes chez le lectorat (plutôt orwellien comme vision ; je sais). Pour vendre, garder ses parts de marché, en gagner.

La cible bouge, parfois, souvent, plus ou moins, en fonction de la désorientation morale de tout ou partie de la société. Les PPCM circulent dans le corps social : même le sujet “météo”, autrefois calumet de la paix, est devenu source d’embrouilles, du fait de l’autonomisation du débat scientifique sur le dérèglement climatique.

Quand apparaît, toujours discrètement (signal faible), une “nouveauté”, c’est-à-dire un potentiel sujet d’inquiétude car l’Inconnu, le média cherche encore PPCM et projection gratifiante. Mais c’est plus risqué, parfois donc le média en fait des tonnes, surjoue, voire décrète seul que là, franchement, fallait la sortir coco cette affaire, un véritable “débat de société”. C’est pour mieux te manger, mon enfant ! (Paragraphe dédicacé à Laurent Joffrin, notamment. Big up Laurent.)

Les médias de masse réduisent donc logiquement internet au royaume des pédophiles, de la rumeur, du faux, du pas digne de confiance, du délire positiviste “sortie de crise par les nouvelles technologies”, le PPCM étant très très … petit (la peur est un efficace PPCM). Plutôt aidés en cela par des personnalités politiques d’envergure nationale (comprendre : visibles dans les médias de masse). Les blogs existent peu ou pas dans ce monde-là, sinon sous l’angle de la diffamation, du ragot, ou de l’égo-casting. Binôme mass média/politique parfaitement huilé (une implacable machine à fabriquer des lois par exemple).

Surtout, quand les médias/journalistes débarquent sur internet, ils amènent avec eux leur public, “informé” au préalable au sujet d’internet par leurs soins, “habitués” à leurs grammaires. Il leur faut donc re-fabriquer une fiction pas effrayante, là, dans cet Inconnu, et produire du PPCM. Sinon, l’audience partira (et c’est pas bon pour les affaires). Tu as donc les commentaires que tu mérites, ami journaliste, c’est ton public qui est dans tes commentaires, celui à qui tu as expliqué ce qu’était internet. DTC, j’ai envie de dire.
Une petite illustration rapide, just for fun, de l’éducation aux blogs de ceux qui se risquent depuis les médias de masse dans le monde de la pédophilie-diffamation-ragot-déviance (on pourrait en remplir des milliers de billets).? JM Aphatie, confortablement installé installé dans les jupes de sa mère (RTL/Canal+), dans son dernier billet de la saison, au sujet certainement d’un billet (maladroit, mais par endroit seulement) de Versac et de tout le merdier qui s’en suivit :

“Pourquoi supporter des insultes – les critiques, c’est autre chose – proférées sur le ton de la certitude depuis des olympes artificielles ?”

C’est olympes artificielles qui attire mon œil.

Tout me semble y être :

  • utilisation d’une parabole de la transcendance verticale, hors de propos chez les bloggers (jusqu’à l’arrivée incongrue de wikio), mais réellement en action dans les grands groupes médias et/ou industriels. Je risquerais bien une homologie assez bourdieusienne entre structures hiérarchiques chez les écoutés et chez les “écoutants”, l’illustrant avec les armées de trolls débarquant sur Versac.net pour défendre les journalistes-à-forte-visibilité-devenus-bloggers, mais bon ;
  • projection d’une des caractéristiques essentielles des champs capitalistique et politique (légitimité donc pouvoir fabriqués, artificiels) sur une activité amateur et sincère à une écrasante majorité.?J.-M. Aphatie, vous pourriez faire un bon blogger, pourtant. 🙂

Ce que la mort de Versac.net veut dire (j’en ai bientôt fini avec ce gimmick tout pourri)

Nicolas V. a succédé à Loïc L. comme figure médiatisable en provenance des blogs. Pourquoi, mystère. Ou pas.

Quelques points communs que je vous propose : même école, entreprenants voire entrepreneurs, acceptant les invitations dans les médias historiques (à lire comme EDF est fournisseur “historique” d’énergie). “Légitimables” pour qui est “légitime” ? Dit autrement, gendres idéaux ? 😉
Nicolas V., par l’intermédiaire de l’un de ses avatar Versac.net, s’est souvent positionné vis-à-vis des journalistes-à-forte-visibilité-devenus-bloggers et/ou du traitement médiatique foireux de tel ou tel fait, toujours “mode blogger” on. D’autres aussi, mais moins gendre idéal, donc officiellement déviants. 🙂

Cela va de soi, les journalistes-à-forte-visibilité-devenus-bloggers ont répondu, rétorqué, puis dernièrement tout a dégénéré, dans une sorte de feu d’artificiel jusqu’au crêpage de chignon entre journalistes. Répliques grammaires entre les dents, dans les jupes de leur mère la plupart du temps.

Alors, ces sommets, augmentés de la fin de Versac.net, ont été examinés par les journalistes-sur-internet (pure players ou pas). Instructif. Very instructif.

Grammaires en mouvement, positionnement concurrentiel net (Rue89, pas un mot …), PPCM à l’air (voire sur la table).?Nicolas V., après son traitement en mode tiède fondamentalement bloggesque (il aurait pu, d’une olympe quelconque, se la jouer grand prince et attendre que le soufflet retombe pour soumettre une analyse, ben non, il continue de proposer, de s’exposer, bref jouer le jeu …), devrait poursuivre plus loin l’examen de ces pratiques, ou d’autres.

Quelques remarques toutefois (suis bavard). L’étude des différents journalistes en action lors de cette “séquence” est à conduire, me semble-t-il, sur deux niveaux d’articulation :

  1. à quelles dimensions l’entité (imaginaire) Versac/Nicolas V. a-t-elle été réduite (pour flatter le PPCM) ?
  2. et pour quel(s) objectif(s) dans le champs concurrentiel médiatique (à qui machin essaie-t-il de piquer l’audience) ?

De plus, Nicolas V. est un emmerdeur ! Non content de critiquer, il demande sans cesse que soient corrigées les imprécisions/erreurs des journalistes à son sujet. Bousille le dosage des grammaires, Nicolas V. ; connaît pas le rasoir 3 lames, Nicolas V. ; menace le processus de fabrication de légitimité journalistique, pffff. Salop de blogger.

Ce que conclure veut dire (OK je sors)

Conclure ne veut rien dire. Sur les blogs en tout cas. On n’y fait que causer finalement, via les commentaires faiblement trollés, non ?
Cela va de soi, j’ai essentiellement traité des “cela va de soi” des journalistes. C’est la guerre, je vous le rappelle.

Les recherches sérieuses manquent (cruellement ?), mais nous pourrions peut-être faire l’hypothèse que les bloggers rechercheraient le monopole de la discussion, parfois exclusivement sur une thématique donnée, comme les chats (Inutile dans le présent billet de chercher à déterminer ce qui se cache réellement derrière cette notion de discussion, même si c’est une piste à suivre intéressante. Un autre billet, enfin je veux dire une autre discussion, un jour.). Simple intuition.
En tout cas, le blogger (ou la bloggeuse) accepte de soumettre ces billets, jamais finis, aux critiques, même les pires, et y répond. S’en foutrait quand même un peu finalement d’influencer le blogger (mais les influençables, eux, s’en foutent pas, et c’est bien dommage, et puis il y a toujours quelqu’un pour te pondre un classement quelque part).
Un dernier mot sur la technique, très progressiste, de détricotage de légitimité proposée par Bourdieu (sur lui-même), dont je propose encore une citation, sadique jusqu’au bout chers amis journalistes : ” Je suis la science, puisque je le dis et que, d’ailleurs, on me le dit, puisque je suis professeur au collège de France.”
Pour bien signifier que je ne généralise pas, certains blogs de journalistes, débarrassés des insupportables tics décrits ci-dessus, sont dans mon agrégateur et je les lis avec grand plaisir. Pisani, Eric, Narvic qui m’accueille, sans oublier François Alquier, authentique dynamiteur des 3 grammaires, plus quelques autres.
A vous (les studios, à vous Cognacq-Jay).

😉

11 Comments

  1. Salut Cédric, content de te lire ici ! 😉

    Beaucoup d’idées dans ton billet. Il en est une toutefois que nous avions déjà évoqué ensemble chez moi. Nous nous interrogions sur la structure hiérarchique des blogs. A savoir s’il était possible réellement d’obtenir et de conserver un fonctionnement linéaire et transversal plutôt que vertical. Bref s’il était possible que chaque bloggeur exprime son point de vue à la manière de tout un chacun, c’est à dire sans statut particulier. Je me souviens avoir conclu que chaque société, communauté finissait par nommer un représentant et ce depuis la nuit des temps. Désigner Wikio comme l’outil fautif ce serait donc se tromper de cible. Wikio ne fait que révéler ce phénomène de structure pyramidale. Couper la tête du classement et une autre repoussera (la nature a horreur du vide). Des gens comme J.M Apathie ont simplement pris l’ascenseur au lieu de gravir échelon après échelon du net. Ils acquièrent un lectorat très rapidement mais la légitimité qui est la leur à la télé/radio ne l’est pas autant sur le web, d’où des frictions (il est aussi plus facile d’avoir le mot de la fin lorsque vous êtes le seul animateur d’une émission en revanche sur un blog il faut être le meilleur du peloton). Chaque jour quelqu’un est prêt à prendre votre place. Cela conduit à une course à l’info, aux scoops, aux commentaires : il faut être premier ! Mais jouer à ce jeu c’est perdre de vue ses motivations de base du blogging. Ainsi N.Versac a préférer tout lâcher plutôt que de subir le fonctionnement et l’inertie du média qu’il a réussi à créer.

    Au plaisir de te lire ici , chez toi, ailleurs ? Peu importe après tout C.Errero est devenu une marque média qui se fout du support (multimédia quoi) :))

  2. @ Ceucidit :
    Merci.
    Ah, un jeune journaliste qui commence à démonter certaines fictions autour des blogs, l’horizontalité notamment (et y a du boulot). 🙂

    “Les grande migrations estivales”, blogmobs (?), flashblogs (?), ça participe à l’horizontalité des débats un peu, non ?

    Pour wikio, dans sa forme actuelle, je trouve ça plutôt peu imaginatif, peu dans l’esprit. C’est plus ça mon reproche.

    (crotte, serais une marque … du genre aspirine ?)

    A bientôt

    @ Pierre :
    Où ça ? J’vois pas. Dites.

    (ça va, le style ? Moins lourd, moins verbeux, moins vérolé ?)
    (c’était pas une dépêche AFP, sorry)

  3. J’ai relu. Je ne comprends toujours rien. Ou alors j’ai peur de ne pas comprendre plutôt parce que ça voudrait dire qu’on est reparti à des années-lumières en arrière sur ce débat, sur le lieu même où il avait pourtant progressé…

    Nan mais sans rire:
    “Les médias de masse réduisent donc logiquement internet au royaume des pédophiles, de la rumeur, du faux” En 1998 ouais, c’est sûr. Aujourd’hui sérieux… Faut être aveugle, ou alors ne jamais ouvrir un journal.

    Ah. Oui, je sais, c’est ringard.

    Je relis encore votre article… Non, je ne vois pas quel est le propos. Je dois être trop habitué aux dépêches AFP, à une info formatée, à l’audience de masse, au discours vertical… J’ai bien compris le message.

    Ceci dit, je trouve quand même un intérêt à votre article: il illustre parfaitement les fantasmes que nourrissent certains blogueurs sur les journalistes: Aphatie, Morandini, Birenbaum: c’est clair, c’est ça être journaliste aujourd’hui. Vous avez tout compris !

    C’est triste vraiment, je croyais qu’on avait progressé sur ce débat blogueurs vs journalistes, ou en tout cas qu’au moins ici, on aurait évité ce genre de clichés débités en tranches.

  4. @ Pierre

    Moi j’ai l’impression qu’on progresserait plus vite si les journalistes admettaient plus facilement la critique

    Alors quand elle s’exprime de manière argumentée et non par invective, c’est le moment de l’écouter… et peut-être de l’entendre. Quitte à chercher vraiment ce qui est dit, même si on a du mal à saisir du premier coup… Non ?

    Personnellement, je trouve de quoi réfléchir dans ce miroir tendu, et je ne m’arrête pas un style, en effet très personnel et loin du mien, mais que je trouve plutôt drôle et bien envoyé… 😉

    Il faudrait peut-être que les journalistes commencent par admettre que leur monopole est mort. Définitivement. Sortir de la nostalgie. Et tenter de rebâtir sur les décombres, s’il y a quelque chose à rebâtir. C’est comme ça que je comprend ce message, et c’est pourquoi je le trouve intéressant.

  5. Mais Narvic, on a dépassé ce stade de l’antagonisme blogueurs – journalistes depuis longtemps !!! Quel besoin d’en rajouter une couche sur la mort du monopole de l’information ? C’était un débat d’il y a trois ans ça, et encore…

    Moi je veux bien qu’on critique le journalisme quand on est pas journaliste. Mais il faut au moins se renseigner et lire quelques journaux, se faire une idée un brin plus précise de ce que c’est qu’être journaliste et arrêter de débiter des inepties sur ce métier juste au regard de quelques affres médiatiques bien en vue, comme Aphatie et consorts.

    Nan mais sérieux… Monopole de l’information ? Venez une journée dans un quotidien régional (ou dans un média sérieux). Venez tenter d’arracher une info à un service de com’ qui a parfaitement compris que la meilleure façon de communiquer c’était de se taire, venez trouver un interlocuteur qui a quelque chose d’intéressant à dire mais ne le peut pas, parce que sinon il est viré, venez relire les communiqués de presse qu’on reçoit, où chaque info est grossie ou amoindrie en fonction du vent mais qui sont publiées quand même dans les gazettes communales, dans des journaux gratuits et dans des blogs (des élus par exemple)…

    Ce discours moralisateur et péremptoire, genre “complot des élites”, n’est plus supportable… Du moins, il ne l’est plus si on veut avancer dans le débat.

    Il faut arrêter de confondre “journaliste” et “éditorialiste”. Le journaliste qui se respecte, comme je l’ai déjà écrit, il se lève le matin pour une journée de COMBAT contre le silence, contre les propagandes diverses (la com), contre les manipulations, et souvent contre sa propre hiérarchie… AUCUN blogueur ne fait ça ou alors pas longtemps, et s’il le fait, il devient journaliste.

  6. @ Pierre

    L’antagonisme blogueurs-journalistes ? Il me semblait qu’on en avait eu une belle démonstration il y a moins de trois semaines et pas il y a trois ans.

    Et vous témoignez vous-même dans ce commentaire comment il en reste des traces aujourd’hui. 😉

    Votre portrait du journaliste héroïque et souffrant ? C’est sûrement utile de se passer un peu de la pommade de temps en temps, et c’est humain. Surtout quand ça va mal…

    Vous me proposez de venir passer une journée dans une rédaction en presse régionale? J’en ai passé quelques milliers et ce que j’y ai vu (et vécu) est bien loin de ce que vous décrivez : je vois des rédactions dominées et prolératisées qui ne s’adressent plus qu’au vieux et relaient un discours convenu. Je vois des journaux qui agonisent lentement, à mesure que leur lectorat est emporté par Alzheimer et par la mort, sans être jamais remplacé.

    Je vois aux Etats-Unis, que la direction prise par la presse régionale est celle du replis général: moins de journalistes, moins de pages, moins d’information, replis sur le local. Et les expérimentations hyperlocales en ligne ne fonctionnent pas

    Tout porte à croire que la situation n’est pas différente en France…

    Si on tente des projections dans l’avenir :

    – de plus en plus de gens se détournent des médias d’information traditionnels pour aller s’informer sur internet, surtout parmi les plus jeunes.

    – Tous médias confondus, les gens privilégient l’information brute et brève, avec le moins de traitement journalistique possible : la seule information dans laquelle les gens placent encore une certaine confiance, c’est la dépêche d’agence !

    – la sélection et la hiérarchisation journalistiques de l’information sont aussi abandonnées par de plus en plus de gens, au profit de celles effectuées par la veille les réseaux de blogueurs et par les agrégateurs automatisés.

    – les rédactions, qui proposaient des journaux, comme un tout, un “paquet”, une “vision du monde”, ne trouvent plus le moyen de placer “leur produit” dans le monde de l’information liquide, où l’information est consommée à l’unité.

    La question posée au journalistes est donc bien aujourd’hui : à quoi servez-vous ?

    Ce n’est pas celle que vous posez vous-même sur ce qu’un journaliste ferait mieux ou pas qu’un blogueur…

    Les blogueurs ont trouvé une petite place à eux dans ce nouvel écosystème de l’information. Et ils y sont bien. 🙂

    Les journalistes cherchent toujours, et à mon avis, la plupart d’entre eux ne cherche pas au bon endroit… :o)

  7. Marrant comme les commentaires sont bien différents de l’article…

    Je partage votre sentiment sur bien des points mais il faut arrêter ces discours lénifiants (et je parle de l’article) sur “les journalistes” en les plaçant sur un piédestal, pour ensuite saper le piédestal à grands coups de hache sur le mode de la révolution sociale… C’est lourd et lourd est vraiment le mot.

    Sinon pour vous répondre, je *NIE* l’antagonisme journalistes (vrais journalistes) vs blogueurs.

    Que les journalistes, les journaux et les médias doivent se transformer, je suis bien d’accord.
    Que ça va pas se faire sans coupes sévères dans les effectifs de journalistes, je suis bien d’accord (mais ça me désole).
    Que les blogueurs aient trouvé une place dans l’univers de l’information d’aujourd’hui, je suis bien d’accord et pas le dernier à pratiquer.

    Mais ce n’est pas une raison pour tout confondre ! Et surtout pas une raison pour y voir une victoire des blogueurs contre “les journalistes” dans je ne sais quelle guéguerre idéologique… ça pour moi, c’est du discours et pas celui qui sert la blogosphère.

  8. Je n’ai pas l’impression, Pierre, que je dis ce que vous me faites dire.

    Ce que mon titre veut dire (argh, ça me reprend) : dès que l’on s’exprime s’enclenche une mécanique de fabrication de légitimité dans le champ où l’on s’exprime, qu’on le veuille ou non. Forcément, bloggers et journalistes, qui tous racontent “la nécessité qu’il faut décrire”, deviennent, malgré eux, “concurrents” (qui en politique, qui, sur les chats).

    Je ne parle donc pas de la fin du monopole de l’information, je parle de la fin de ce qui aurait créé la légitimité des journalistes dans le champs de l’info (c’est autrement plus grave, pour tout le monde).

    Mon billet n’est pas une dépêche AFP, car ce n’est que mon opinion, que je soumets, en l’assumant complètement. 100% subjectif, donc notamment non étayé (vous le soulignez, OK, mais ce n’est pas mon problème, je me contrefous de la grammaire publique). 100% contestable, sur la papier.

    Malheureusement pour vous, utilisant le langage et parlant sur la “réalité”, je joue sur le même plan qu’un journaliste qui aurait un peu plus étayé son papier : il a un point de vue, aussi, car c’est humain (réduit au minimum dans une dépêche, certes).

    Subjectivité assumée contre subjectivité pas toujours assumée, et effectivement, je ne suis pas (mal) payé pour le faire, je n’ai aucune pression du capital ou du politique, ne me sens pas de mission de service publique : je fais ça pour le plaisir.

    Je ne recherche pas du tout la légitimité dans mes propos (et vous ? Narvic vous a répondu mieux que je ne le ferais sur le “journaliste héroïque”).
    Mais pour la fiction “les bloggers” (elle existe c’est clair), pas encore en crise elle, il est toutefois possible que mes propos apparaissent plus légitimes que les vôtres. Voilà le problème illustré. Rien de plus. Mais rien de moins. Les bloggers connaissent des gens dans la vraie vie, discutent, parfois (un truc de fou) influencent. Tout ce qui se dit ici, puisque nous sommes lus, produira des effets, personne ne sait où ni quand.

    La crise dans les médias, dans la pratique journalistique, je ne les ai ni inventées, ni créées. Elles étaient là largement avant les blogs.

    Je n’en parlerais pas (et ne passerais pas un peu de mon temps libre à rédiger des billets un minimum creusés) si cela ne m’inquiétait pas un peu : la circulation de l’information notamment vérifiée/vérifiable dans la société est un enjeu que je considère important, et je pense que les journalistes ont un rôle à y jouer.

    Mais s’ils veulent pas, m’en fous. Y a les blogs. C’est gratuit. Et je sais parfaitement où je mets les pieds.

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