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Avenir du journalisme ? Tu seras un prolétaire, mon fils

Des nouvelles du front de la prolétarisation généralisée du journalisme, dont on tient, à l’occasion, la chronique sur ce blog. Le journalisme du futur pourrait en effet ressembler à ça. Peut-être est-il même en partie déjà ça.

Lire :

Les OS de l’info (février 2009)

(Télérama) Remarquable enquête d’Emmanuelle Anizon, qui a plongé au coeur de la véritable usine à info sportive du groupe d’Alain Weil (BFM, notamment) : un journalisme low cost industrialisé, sous payé, sous équipé, pressuré de toutes parts, multi-tâches, multi-médias, multi-supports… et totalement prolétarisé. Ce système est économiquement rentable et fait envie à tous les autres patrons de presse. Les OS de l’info, c’est donc ça l’avenir du journalisme ?

Lire aussi, sur le même sujet…

Voyage chez les prolos de l’info

Les journalistes web, ces nouveaux « ouvriers spécialisés » de la presse. (octobre 2008)

(Bakchich) Très bonne enquête de Simon Piel sur la réalité du journalisme web dans les rédactions des grands sites de presse : “Précarité, rythme infernal, mépris de la part des confrères de l’édition papier jugée plus noble, salaires insuffisants, conditions de travail parfois limites…. Et le journalisme français ne se presse pas pour dénoncer son nouveau prolétariat.”

Yannick Estienne, “Le journalisme après internet” (note de lecture sur novövision/mai 2008)

« Le journalisme après internet », Yannick Estienne, 2007. Un voyage au pays des soutiers de l’information en ligne, ces journalistes invisibles, « hybrides » et « dominés », qui travaillent dans les sites web d’information… Le chercheur voit dans ce journalisme d’un nouveau type « un laboratoire pour le journalisme du futur », qui se développe « sous l’emprise du marketing » et détourne les outils et la culture participative du Web 2.0 et du journalisme citoyen pour conforter les « médias marchands » face à des internautes réduits au rôle de client et de consommateur…

SOS Bouclage: un pas de plus vers la précarité des journalistes? (novembre 2008)

Regis Soubrouillard – Marianne2]«Les urgentistes de la presse écrite», c’est le credo de la société SOS Bouclage. Encore en phase de lancement, cette entreprise vise à dépanner les journaux en leur louant les personnels spécialisés qui leur font défaut. Une initiative révélatrice des mutations du secteur, qui pourrait en préfigurer certaines éventuelles dérives.

USA, Belgique, Grande-Bretagne…

– [Le pouilleux journaliste (janvier 2009)

(Cyberpresse.ca) La journaliste Nathalie Petrowski s’interroge sur le développement d’un journalisme au rabais, “délocalisé” en Inde et traitant l’actualité locale à travers le web (sur le modèle lancé par le site américain Pasadena Now). Ça fait un peu froid dans le dos en effet.

Le Taurillon, magazine eurocitoyen – Belgique et liberté de la presse (août 2008)

“Derrière la façade prestigieuse des grands médias francophones de Belgique se développe un prolétariat intellectuel dont le grand public ignore les incroyables conditions de travail et leurs conséquences sur la qualité de l’information.”

Le blues des journalistes britanniques (septembre 2008)

(Media trend) Outre-Manche, le malaise semble augmenter dans les rédactions. Deux facteurs expliquent cette dégradation : des salaires en chute libre et une forte augmentation du stress provoquée par la généralisation des rédactions multi-plateformes. Conséquence : la qualité de l’information se dégrade.

Y a-t-il un bon et un mauvais journalisme multi-tout ?

Le journalisme «multiplateforme»: deux façons de faire (janvier 2009)

(Où est passé le quatrième pouvoir ?) Florian Sauvageau distingue deux stratégies “multiplateforme” : rentabilisation maximum de la diffusion d’une information instantanée et superficielle, ou nouveau souffle pour une information de haute qualité bénéficiant par le multimédia d’une nouvelle profondeur. Entre les deux, c’est une question de coût.

Spécialiste ou homme-orchestre, l’avenir du journaliste fait débat (février 2009)

(AFP) Spécialiste d’un média ou homme orchestre aussi bien capable de rédiger une longue enquête, que d’envoyer photo et vidéo ou de tenir un blog, le rôle du journaliste fait débat dans des rédactions dont le modèle économique est bouleversé par internet.

“L’euthanasie à terme de la classe moyenne des journalistes”

Je laisse la conclusion à Bernard Poulet, cité hier sur ce blog, pour son entretien sur Bibliobs :

(noir)L’arrivé de la digitalisation a produit sur le journalisme le même effet que la mondialisation sur les classes moyennes. La révolution digitale dans la presse, c’est l’euthanasie à terme de la classe moyenne des journalistes. (Lire sur le même thème, le passionnant billet d’Emmanuel Parody, sur écosphère :

Crise de la presse: moins une question de qualité des contenus que de clivages sociaux
)

(noir) (…) La profession est en mutation. On voit grandir une masse d’OS de l’info qui alimentent les tuyaux de l’information rapide. Et à côté de cela, on aura des journalistes qui apporteront une plus-value, avec une véritable expertise et une grande qualité d’écriture (…). Ceux qui représentent la classe moyenne, qui ont fait le gros des rédactions, à laquelle j’appartiens, vont être broyés. Je crois que les journalistes qui surnageront sont appelés à devenir leur propre marque.

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Bienvenue dans le nouveau monde de l’information.

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4 Comments

  1. et la prolétarisation du journaliste préretraité ou retraité qui finit par faire du participatif (la même chose mais gratos) pour essayer de retrouver qques ménages….

  2. Tout dépend de quel journalisme nous parlons. Pour la presse papier je n’ose même pas m’exprimer sur le sujet, elle a loupé le virage du numérique et perso ça me dérange de payer 3€ un journal dans lequel il y a une page sur deux qui est de la pub. Son aigreur réside juste dans la jalousie de ne pas pouvoir être aussi réactive que le web.

    Au sujet du groupe BFM, je ne trouve pas que l’info y soit Low Cost. A moyens comparés, TF1 nous pond des journaux comme le 13H où l’info n’y est que rarement traitée. Alors certes les cadences sont élevées ce qui est normal c’est une chaîne d’info en continue. De plus, le délai de traitement d’infos (plus que banales) entre le web ou la TV m’agace légèrement. Une info sort sur le web et la tv ne la traite (sans plus approfondir) qu’une semaine après.

    Moi j’en ai marre de voir des journaleux de Libé ou le Figaro ou même Télérama pour ne pas le citer donner des leçons de morale. Pour lire quelques uns de leurs articles, ils sont plus adeptes que la bonne formule littéraire que de l’info pure. L’actu n’est pas là pour démontrer le talent d’écrivain de certains journalistes. Etre obligé de relire 5 fois une phrase parce que l’auteur de l’article a voulu faire du style me gêne. Voilà pourquoi je préfère le net et les chaînes d’info plutôt que la presse papier.

  3. en parlant de l’avenir du journalisme : la secrétaire d’état à l’économie numérique fait un voyage d’étude en corée et au japon. j’ignore si elle est suivie par des journalistes, mais elle se charge elle même de bloguer ses impressions de voyage, les visites d’entreprise, les démonstrations et les discussions avec les spécialistes de l’innovation. factuel dense et illustré. c’est la mojo du gouvernement.

    http://www.cite-sciences.fr/innovanews/tag/nathalie-kosciusko-morizet/

    olivier ezratty qui la suit dans son voyage doit même s’excuser d’être en retard par rapport à elle.

    http://www.oezratty.net/wordpress/2009/avec-nkm-en-core-et-au-japon/

  4. Attention à la définition de prolétaire : la misère financière n’est que la conséquence ou l’outil de la prolétarisation. Être prolétaire c’est avoir perdu son savoir-faire. De ce point de vue-là, chaque journaliste qui ne sait plus chercher une information autrement qu’avec Google, qui se contente de paraphraser une dépêche AFP ou qui suit l’agenda du président est “prolétaire”. Certains diraient que 95% des journalistes sont prolétaires… Ce sont les optimistes.

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