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Auteur en ligne, un projet insensé ?

“Pourquoi ne serait-il pas possible de mener au XXIe siècle une vie d’auteur ?”

… se demande Thierry Crouzet sur son blog dans “Vivre pour écrire ou écrire pour vivre”

“Je suis fatigué d’entendre dire qu’il faut offrir ses textes sous prétexte qu’ils sont publiés sur un blog et qu’il faut gagner sa vie autrement. Vous voulez donc que je ressorte la barque de mon père et que j’aille pêcher des anguilles devant chez moi ? Ou que je redevienne journaliste ? Ou que je redevienne salarié et m’agenouille devant un potentat ?”

En fait, Thierry, je suis bien tenté de te répondre: oui. 😛 Et je suis à peu près sûr que tu choisirais plutôt de ressortir la barque pour aller pêcher sur ton étang, que de redevenir salarié, surtout comme journaliste. B-)

J’étais parti pour te répondre, Thierry, en commentaire sur ton blog, mais au fil du clavier le commentaire devenait billet, alors je l’ai “rapatrié” ici, mais ça ne s’est pas arrêté là. Je suis allé chercher des références en ligne pour étayer mon argumentation par des liens. J’ai remonté ces liens découvrant d’autres textes. Ces derniers m’en ont rappelés d’autres que j’avais pu lire, ou même écrire, et je suis parti à leur recherche, en ligne, dans les archives de ce blog, dans mon “stock” de liens sur Delicious, et même dans ma bibliothèque.

Et puis, j’ai aussi “redescendu” le fil de ton blog, pour comprendre comment ton billet s’inscrivait dans une succession qui rend compte d’une pensée en train de se faire, jour après jour :

Le blog support de la pensée en mouvement (22 février)

Des billets rares et payants (1er mars)

Vivre pour écrire ou écrire pour vivre (5mars)

Le blog : forme majeure (aujourd’hui hier)

Une pensée qui se transforme, poursuivant sur sa propre lancée, mais qui se module aussi au contact des commentaires que tes billets suscitent. Et ces billets répondent aussi à ceux d’autres blogueurs :

Bloguer ou ne pas bloguer ? That is the question… (Pierre Fraser, Théorie des Tendances)

Et tout ça s’agite dans mon esprit, stimule ma propre réflexion, m’oblige à remettre de l’ordre dans mes pensées, tout en me lançant simultanément sur de multiples pistes de réponses, d’acquiescements, d’objections, de prolongements, bref de conversation.

J’avais déjà écrit un billet de 6000 signes que j’ai finalement effacé pour reprendre tout à zéro avec celui-ci.

Si je tente de synthétiser la réflexion collective qui s’exprime dans cette conversation entre blogueurs et commentateurs, la question en débat pourrait se résumer à :

Le blog (Tel que certains le pratiquent du moins, notamment toi, mais aussi Pierre Fraser ou Agnès Maillard (Le Monolecte), par exemple, qui interviennent dans la conversation, et peut-être moi aussi.) est-il une nouvelle forme littéraire à part entière, qui mériterait de permettre à son auteur d’en vivre décemment ?

C’est une question qui me préoccupe depuis longtemps moi aussi, et on peut même dire que novövision dans son entier témoigne de ma propre recherche et de mes réflexions sur cette question depuis plus de trois ans. Tous les journalistes ne sont certes pas des auteurs (bien que la plupart d’entre eux se plaisent à le croire), mais certains le sont indéniablement. (Historiquement, les journalistes sont issus du domaine littéraire, et dans leur effort tout au long du XXe siècle à se constituer en profession, ils ont veillé à ne jamais couper le lien qui les rattache au monde des auteurs, ce qui a conduit à la situation juridique vraiment baroque du droit d’auteur des journalistes : par définition, un auteur n’est pas un salarié, et par définition, un journaliste professionnel est un salarié. Pourtant le journaliste professionnel est un auteur ! C’est le seul auteur qui soit salarié, c’est le seul salarié qui soit auteur. Subtilité du droit des exceptions…) Les problèmes auxquels sont confrontés les journalistes avec internet se recoupent ainsi largement avec ceux des auteurs en général.

Se mêlent dans ce débat tout un réseau inextricable de questions différentes qui forment à ce point précis une sorte de nœud : le statut de l’auteur et celui du blog, le rapport du blog au livre (ou au journal), sa capacité à former une œuvre, la question du financement des contenus en ligne et celle, plus large, de la récompense de l’effort créatif dans une société de plus en plus en marchandisée, où tout devient marchandise, y compris les œuvres de l’esprit, ou tout devient marque, y compris les personnes. Un monde dans lequel, si ce n’est la personne elle-même (pas encore ? (On soumet déjà des êtres vivants au brevet et dans certaines parties du monde on peut acheter des organes humains…)]), les données personnelles sont déjà devenues elles-aussi… des marchandises…

Tentons de dégager quelques unes des ces problématiques les unes des autres, pour comprendre pourquoi elles se nouent ainsi autour de l’objet singulier du blog…

Le blog est-il une œuvre et le blogueur un auteur ?

D’emblée nous sommes déjà dans le compliqué. :o) Sans vouloir entrer dans une définition de ce qu’est une œuvre, on voit déjà en quoi la question pose des problèmes avec le blog en comparaison du livre. Il y a la notion d’achèvement, de “produit fini”, destiné à durer, que l’on pourrait associer à l’œuvre : le livre fournirait l’exemple et le blog serait alors le contre-exemple. Thierry souligne à juste titre que nombre de livres, dont nul ne conteste le caractère de chef d’œuvre, sont inachevés, ne formaient pas un produit fini, ni destiné à durer, ni même à être publié (journaux intimes, correspondances…). Pensons aussi aux romans-feuilletons, écrits et publiés dans la presse au fur et à mesure de leur rédaction et réunis ultérieurement en livre… Ou encore aux chroniques journalistiques compilées de la même manière.

J’ajouterai même que si le blog, contrairement au livre, est un objet inachevé, en train de se faire, une sorte d’œuvre ouverte, en progression, que penser alors du plus beau contre-exemple que sont Les Essais de Montaigne : un livre écrit au fil de la pensée de son auteur, sans plan, sans construction préalable, sans cesse remanié en profondeur, corrigé, complété, par son auteur au fil de ses rééditions (et qu’il ferait probablement évoluer encore, s’il était toujours vivant). Les Essais de Montaigne, c’est un blog ! (Précision ultérieure (lundi 12h30) : la seule chose qui manque aux Essais pour être tout à fait un blog, c’est que les “retours” des lecteurs que Montaigne a probablement obtenus après chaque édition, oralement ou par correspondance, et qui ont probablement contribué aux modifications qu’il a apportées à son texte… ne sont pas intégrés au texte lui-même, comme s’il s’agissait de commentaires de blog.)

Plus prosaïquement, c’est à dire en droit :-P, pourquoi le simple article de presse imprimé sur papier acquiert le statut juridique d’une œuvre, dès lors qu’il est “original” et “empreint de la personnalité de son auteur”, et le billet de blog n’y aurait pas droit ? A plus forte raison quand le statut d’œuvre est reconnu au simple mot “Paradis” apposé en lettres d’or par un artiste au dessus de la porte des toilettes du dortoir des alcooliques d’un hôpital psychiatrique ([Cour de cassation, 2008, et intéressant commentaire juridique de la décision ici : La dissociation de l’originalité et de l’empreinte de la personnalité de l’auteur pour protéger une œuvre.).

Une œuvre en forme de conversation

Je ne sais pas si, comme l’estime Thierry, “les textes les plus importants du début du XXIe siècle auront tous été publiés dans des blogs, tout au moins en ligne en échappant au circuit de validation de l’édition traditionnelle”. Je suis bien persuadé en tout cas que Montaigne aujourd’hui aurait été enchanté de trouver le blog, comme un format bien mieux adapté que le livre à son projet littéraire personnel.

Mais on est loin d’en avoir fini avec cette très épineuse question de l’œuvre et du blog. Le blog de Thierry, dans son ensemble ou même dans ses morceaux, serait ainsi une œuvre “en train de se faire”… Mais ne peut-on considérer également que l’ensemble des quatre billets de Thierry sur lesquels je glose actuellement, ainsi que celui de Pierre Fraser, qu’ils prolongent, tous les commentaires qu’ils ont suscités, ainsi que mon propre billet que j’ajoute en ce moment à “l’édifice”, qui y renvoie à son tour, et les commentaires qu’il ne manquera pas de vous inspirer, que tout cela dans son ensemble forme également une œuvre, une œuvre collective, inachevée, “en train de se faire”, une œuvre réticulaire, fragmentée, voire disloquée, une œuvre en forme de conversation ? (Et je tente même, dans une sorte de repli fractal, que la forme même de ce billet reprenne dans sa composition la “structure conversationnelle” de l’ensemble dont il n’est qu’un fragment. 😛)

Et même plus loin encore, j’ai déjà beaucoup commenté sur ce blog cette notion passionnante d’“auteur en collectif” sur internet (Jean-Louis Weissberg, « Auteur, nomination individuelle et coopération productive », Solaris n°7, 2001, cité par Franck Rébillard, « Le web 2.0 en perspective », L’harmattan, 2007).), ou comment internet remet en cause non seulement le droit d’auteur, notamment celui des journalistes, mais la notion même de l’auteur, de l’oeuvre… et du livre :

L’information à l’état gazeux, ou la sublimation du journalisme (février 2009)

Faut-il modifier le droit d’auteur des journalistes ? (août 2008).

Du blog au livre…

Thierry comme Pierre Fraser ou Agnès Maillard, qui sont tous les trois à la fois auteur(e)s de blogs et de livres, se posent la question du rapport entre les deux dans leur propre œuvre (J’emploie ici, cette-fois, le mot “œuvre” au masculin, un œuvre étant l’ensemble de toutes les œuvres d’un même auteur (cf Wiktionnaire). Le chef-d’œuvre étant le chef d’un œuvre, le meilleur de l’ensemble de la production d’un artiste.).

J’en suis moi aussi venu à réfléchir à ces questions depuis que j’ai mis fin cet été à ma “saison 1” de novövision, pour engager une “saison 2” qui, j’en ai bien conscience, tarde à prendre véritablement forme.

Je reviens plus loin sur l’aspect économique de la question des relations entre livre et blog, mais arrêtons nous un instant sur d’autres aspects tout aussi intéressants.

Le blog d’un auteur “vole”-t-il des lecteurs à son livre, se demande Pierre Fraser qui soupçonne entre les deux, dans son propre cas, un système de vases communicants ? Pourquoi se plonger dans un livre quand on peut accéder à la création ou à la réflexion de son auteur par le simple digest ou des extraits disponibles sur son blog ? Le blog n’est-il qu’un accessoire du livre (comme ces “blogs compagnons”, qui accompagnent souvent désormais les parutions sur papier), ou même un laboratoire où s’élabore un livre à venir (voir les expérimentations de Thierry avec “L’alternative nomade” sur ce thème) ? Tout blog est-il d’ailleurs destiné à devenir livre (sur ce thème-là, voir l’expérience d’Agnès Maillard, avec “Le Syndrome du poisson rouge”) ?

Toutes ces questions me travaillent également et je n’ai pas la moindre réponse à apporter au débat. J’ai même le sentiment de m’être engagé dans une sorte d’impasse depuis cet été. J’ai suspendu novövision, dans un premier temps, avec l’objectif de poursuivre cette aventure personnelle sous une autre forme, c’est à dire par un livre. J’ai passé une partie de l’été au bord de l’étang de Thierry à en rédiger les cinquante premières pages… pour suspendre cette entreprise à son tour et partir méditer à la montagne.

Les trois livres de novövision

J’en suis redescendu avec l’idée qu’il me fallait rédiger non pas un seul, mais trois livres ! pour prolonger l’entreprise que j’avais commencée avec ce blog :

• le premier est une sorte de synthèse des mes “réflexions à voix haute” sur l’avenir du journalisme à l’heure d’internet, une sorte de compilation réécrite et synthétisée des principaux billets que j’ai publiés sur ce thème sur novövision, avec une conclusion sur la fin du journalisme tel que je l’ai connu et sa possible renaissance sur internet sous une forme totalement transformée, qui redonne au journaliste, précisément, toute sa dimension, largement perdue aujourd’hui, de véritable auteur.

• le deuxième prolonge des réflexions qui me sont venues petit à petit, à mesure que cheminait ce blog, en marge de mes billets sur le journalisme. C’est une réflexion politique qui s’est engagée après “le coup de Tarnac”. Je me suis d’abord intéressé au sujet “en journaliste”, tentant de montrer par cette sorte d’enquête en pyjama l’énorme potentiel d’internet pour qui voulait s’informer directement, sans passer par le canal du journalisme traditionnel et même en allant à contresens ! Ça donnait : Tarnac : retour sur le fiasco d’une enquête policière (janvier 2009)( Il me semble d’ailleurs, si je ne m’abuse, que le journalisme “canal historique” aura mis des mois, pour arriver finalement à la même conclusion que moi sur le sujet : le fiasco d’une enquête policière. :o))].

Pendant que j’en tirais des conclusions sur la fin du journalisme ([Et si on s’était trompé sur le Tous journalistes ? – mars 2009), je me suis aussi intéressé en profondeur au projet politique du Comité invisible, auteur de “L’insurrection qui vient” (L’invention d’un gauchisme post-nucléaire – décembre 2008), à Julien Coupat et ses amis de Tarnac (pour tout vous dire, je suis aussi allé voir à Tarnac par moi-même, sur le chemin de ma montagne B-) ).

Ma réflexion me conduit à faire un lien entre tout ça et des choses qui pourraient paraitre sans rapport, alors qu’il en existe pourtant un à mes yeux. Des choses que j’ai pu trouver sur le blog de Thierry par exemple, à l’occasion d’un autre petit événement qui m’a marqué à cette époque : la décision de Quitterie Delmas de renoncer à se présenter à une élection européenne à laquelle elle avait pourtant de bonnes chances d’être élue. Sur son blog : “Je ne veux pas changer la règle du jeu, je veux changer de jeu” (février 2009). Mais ce sont aussi des lectures de livres, certaines dont j’ai rendu compte ici (Les classes moyennes à la dérive ; Un inquiétant portrait de la génération des déclassés), et beaucoup d’autres non.

Le point de jonction de tout ça, à mes yeux, m’est apparu à la lecture du livre de Camille Peugny sur les déclassés, chez qui il discerne “un intense sentiment de frustration qui a des conséquences sur l’expérience vécue par les « déclassés », qui oscillent alors entre deux tentations : la rébellion et le retrait.” Cette “oscillation” entre la rébellion et le retrait, je la vois aujourd’hui partout dans notre société. Elle tend même à devenir dominante parmi les jeunes générations, et s’exprime, à mon sens, particulièrement sur internet (Internet, une arme des classes moyennes contre les élites médiatiques – février 2009 ; Internet est-il la voix du peuple ? – octobre 2009).

Et de tout ça, j’ai aussi de quoi faire un livre…

• Le troisième livre est à la fois plus intime et en même temps une expérimentation littéraire. L’expérience littéraire, c’est celle de la narrative non-fiction, vers laquelle m’a aiguillé Thierry, en ajoutant l’excellente recommandation de lecture de Jon Krakauer, “Into The Wild”. (Un livre dans le quel apparait aussi très nettement cette “oscillation entre la rébellion et le retrait”, tant chez le personnage principal du livre que chez son auteur.)] J’ai poussé du coup l’exploration du [new new journalism américain, qui renvoyait à ma découverte, il y a vingt ans, du “premier” new journalism d’un Tom Wolf ou du journalisme gonzo d’un Hunter S. Thompson.

La démarche “intime”, c’est d’utiliser la méthode d'”enquête à la première personne” de Jon Krakauer, pour me l’appliquer à moi-même comme Hunter Thompson, pour raconter en quelque sorte l’envers de mon aventure en ligne avec narvic et novövision. C’est qu’il s’est passé des choses dans ma vie personnelle, à mesure que le personnage virtuel de narvic s’est mis à “exister” en ligne, et à le faire de manière de plus en plus “autonome” de moi-même, à prendre de plus en plus de place dans ma propre vie, et véritablement au détriment de celle-ci. narvic ne vous l’a jamais raconté sur novövision, car c’est à moi qu’il revient de le faire : narvic est un vampire qui se nourrit de ma propre substance et j’étais en train de devenir son fantôme. Encore heureux que je lui ai interdit totalement l’accès aux médias de masse traditionnels, comme la radio et la télévision, qui le sollicitaient pourtant !, car il m’aurait alors totalement échappé, faisant définitivement de moi-même une sorte de NoLife…

Et ça aussi, ça mérite bien un livre. 😉

Blog et livre vont-ils très bien ensemble ?

Ce long détour me semblait nécessaire pour revenir à notre débat de blogueurs/auteurs. Pour vous expliquer d’abord pourquoi ces projets m’ont détourné de ce blog depuis plusieurs mois désormais. Je n’y reviens que ponctuellement, par des sortes de crises qui me prennent comme ça et d’une manière différente de celle que j’avais de bloguer auparavant.

J’ai repris les habits de Guy et je ne ré-endosse le costume de narvic que pour prendre la parole en ligne quand un sujet me fait réagir ou que j’ai quelque chose à partager. Ce blog n’est donc plus vraiment l’expression d’une réflexion en train de se faire sur un sujet donné, une sorte d’enquête personnelle en direct, comme c’était le cas auparavant. Il est redevenu, plus conventionnellement, une sorte de tribune personnelle pour participer au débat public en ligne, comme le sont d’ailleurs de nombreux autres blogs.

Et si novövision a évolué de cette manière, c’est que j’ai le sentiment que blog et livre, en tout cas le blog tel que je le pratiquais et le livre tel que je le conçois, ça ne va pas très bien ensemble. Selon mon sentiment, les deux démarches sont comme l’huile et le vinaigre. Elles mobilisent l’attention personnelle de manière si différente que, pour ma part, je ne sais pas bien comment les concilier simultanément. Les mener de front me conduit à la paralysie.

“La marquise sortit à cinq heures”

C’est que je conçois l’écriture comme un véritable engagement personnel, dans lequel je mets tout ce que je peux de moi-même. Je n’ai jamais cru que le journalisme avait un quelconque accès à l’objectivité et que son rôle consistait pour l’essentiel à relater des faits. Ce que le journalisme peut tenter d’apporter, à mon avis, dans le débat public c’est, si possible, un peu d’intelligence, et surtout le plus possible de sincérité dans l’écriture du réel. C’est en cela qu’il n’est pas – ne doit pas être – selon moi un technicien de l’information mais avant tout un véritable auteur qui témoigne en toute indépendance.

Si, comme l’affirmait Paul Valéry, écrire “la marquise sortit à cinq heures” ce n’est pas de la littérature, pour moi, ce n’est pas du journalisme non plus, quand bien même le fait en question serait vérifié à plusieurs sources crédibles et concordantes. A moins, bien entendu, que la marquise ne sorte à cette heure-là pour aller poser des crochets sur les caténaires de TGV, mais la question intéressante serait alors surtout de savoir pourquoi la marquise a fait ça. :o)

Or cet engagement dans un projet d’écriture, je m’aperçois que je ne peux pas le mener de front sur les deux registres différents du blog et du livre. Il y a pour moi comme une question de tempos incompatibles. Bloguer, c’est écrire pour tout de suite ; écrire un livre, c’est écrire pour plus tard. Bloguer, c’est écrire dans la transparence de l’immédiateté ; le livre, c’est écrire dans le secret d’un dévoilement reporté. Bloguer, c’est ouvrir la porte au lecteur au cœur même de l’acte d’écrire ; le livre, c’est lui fermer la porte en lui demandant de prendre rendez-vous. Les deux démarches exigent, à mon sens, la même intensité de sincérité dans l’écriture, mais il ne s’agit pas de la même manière d’offrir sa sincérité.

Tout ça, bien entendu, sans compter que la démarche du lecteur est, elle aussi, profondément différente dans les deux cas.

Vivre d’un blog d’écriture ?

Nous voilà enfin à ce volet de notre débat de blogueurs/auteurs qui a tendance à prendre le pas sur les autres dans les commentaires, mais l’argent n’est-il pas le nerf de la guerre ?

Le problème n’est évidemment pas exclusivement celui des auteurs, c’est celui de la récompense de l’effort créatif des créateurs dans un univers numérique en général, et plus largement encore celui du financement de la production des contenus culturels et informationnels mis en ligne (Voir notamment sur novövision :

Les éditeurs de presse, dans la nasse de l’économie numérique – décembre 2009.

Hadopi ne sauvera pas les industries culturelles – mars 2009.

Economie du Web 2.0 : ce que cache la gratuité apparente – juin 2008.

Comment internet disloque les industries de la culture et des médias – juin 2008.).

C’est là, vous allez voir, que se justifie dans mon raisonnement – du moins je l’espère :-p – mon long détour par les questions du blog en tant qu’œuvre, du rapport du blog avec le livre et de mes propres projets dans ce domaine…

Entendu, selon moi, qu’un blog peut fort bien être une œuvre littéraire relevant d’une authentique démarche d’écriture d’un auteur, la question n’est donc pas sans intérêt de savoir si celui-ci peut en vivre aujourd’hui, ou à brève échéance.

Comme l’écrit Thierry :

“Pourquoi ne serait-il pas possible de mener au XXIe siècle une vie d’auteur ?”

Force est de reconnaitre qu’aujourd’hui personne n’y parvient. Plusieurs stratégies sont évoquées dans ce débat, mais aucune n’est apparemment un succès.

Il y a celle d’Eric Fraser, qui mène de front un livre et un blog et qui a le sentiment que le blog canibalise le livre auprès de ses lecteurs. Ce qui conduirait l’auteur à organiser lui-même la rareté de son expression en ligne pour lui redonner de la valeur hors ligne, comme Nicolas Taleb le conseille à Thierry ? Il y a celle d’Agnès Maillard, qui tire un livre de son blog, sans vraiment de succès, semble-t-il. ( Agnès, en commentaire chez Thierry :

“J’ai tenté l’édition sur le net : modèle économique de voleurs où l’auteur ramasse les miettes et où l’acheteur est découragé par un prix final exorbitant et des délais d’Ancien Régime en diligence. L’édition classique… super écriture, dit-on, mais les markéteux ne voient pas comment me vendre.”

) Il y a encore celle de Thierry, qui pose surtout la question de la possibilité de vivre du blog à lui seul ( En commentaire sur son blog :

Bloguer ne peut-il devenir une activité en soi ? Le blog ne peut-il devenir une forme auto-suffisante ? Le Livre ne l’est plus que pour quelques stars qui font presque tous de la soupe (et je les admire… si je le pouvais, je les imiterais).

), quitte à rendre certains articles payants pour le lecteur…

En fait, les blogueurs (en général, c’est à dire avec un projet d’auteur ou de journaliste, ou tout autre projet) sont confrontés au même problème que les sites de presse et ils ont déjà essayé comme eux à peu près toutes les solutions imaginées, sans qu’aucune stratégie de “pure de player” ne semble fonctionner vraiment. En tout cas pour le moment. Mais des stratégies plus complexes et diversifiées pourraient peut-être se révéler payantes…

La pub ne paye pas

La première stratégie de “pure player” (et j’entends par là un “pure player” vraiment “pur”, c’est à dire un projet uniquement basé sur la production de contenus originaux, diffusés uniquement en ligne), c’est en définitive la transposition sur internet du modèle économique qui a fait le succès de la radio, puis de la télévision privées, puis des quotidiens gratuits : créer une audience attirée par des contenus gratuits et vendre cette audience à des annonceurs par la publicité.

Or la pub, ça n’est manifestement pas suffisant en ligne pour les sites de presse, et pour les blogueurs non plus. Ça présente également des défauts, voire des vices, qui pourraient bien être rédhibitoires pour un projet d’auteur, tel que je l’ai défini plus haut, c’est à dire une démarche créative basée sur la sincérité et la liberté de son auteur.

J’en ai fait l’expérience sur ce blog en y plaçant un temps des encarts publicitaires “contextuels” de Google AdSense. Pour un blog tel que le mien, c’est sans espoir que ça ne rapporte jamais autre chose que des clopinettes. Vu le taux de clics sur de telles annonces et le prix auquel celui-ci est payé, c’est réservé non seulement à des sites créant un trafic très important, mais surtout à ceux offrant certains types de contenus.

Il ne suffit pas, en effet, que les annoncent fournies par Google aient un rapport avec le contenu du blog pour que le dispositif fonctionne. Dans le cas de novövision, la pertinence des annonces de Google avec le contenu était parfaite, puisqu’il affichait bien des annonces en rapport direct avec le journalisme : très souvent des renvois vers les sites des écoles professionnelles de journalisme. Sauf que de telles annonces intéressent en réalité combien des lecteurs de ce blog âgés de plus de 20/25 ans, surtout hors des périodes d’inscription aux concours ?

Dernière issue : le markéting éditorial

Se pose ici, en réalité, une question en partie nouvelle dans le rapport du journalisme à la publicité : quels annonceurs mon contenu intéresse-t-il ? La question ne se posait pas quand l’annonceur n’avait pas le choix, car tous les supports disponibles étaient de masse et “généralistes” : les journaux quotidiens, quatre ou cinq radios, une ou deux chaines de télé, et l’affichage. Avec internet se développent des supports bien plus ciblés, comme le proposaient déjà les magazines, spécialisés par thème ou segmentés par catégorie de public (jeunes, vieux, femmes, hommes, etc.), puis les radios thématiques après l’explosion de la FM, et aujourd’hui les télévisions thématiques avec le câble, l’ADSL et la TNT. Mais d’une part le ciblage devient beaucoup plus fin sur internet, et surtout ! la publicité n’est plus exclusivement dépendante des contenus de type éditorial ou “médiatique”.

Il est bien plus intéressante en effet pour un annonceur d’assurances pour automobiles de choisir spécifiquement un site ou un blog consacré à l’automobile, mais c’est encore plus “rentable” de viser directement des sites de petites annonces… de vente d’automobiles. Non seulement on est sûr d’y rencontre un public intéressé par l’automobile, mais on est surtout certain d’y rencontrer un public qui cherche justement à acheter une voiture au moment précis où il pourra voir votre annonce. Un vendeur de régime amincissant visera ainsi des forums féminins et une chaîne hôtelière des sites de réservation de billets d’avion… Internet réinvente la PLV, ou publicité sur le lieu de vente, sans que personne, ni le client ni l’annonceur, n’ait à sortir de chez soi.

Quel publicitaire s’intéressera, maintenant qu’il a le choix, et ça peut même se faire de manière totalement automatisée grâce à Google, à des blogs d’auteur dont la thématique ne s’approche en rien de quelque que chose qui peut se vendre ? Le problème est le même d’ailleurs pour les sites d’information généralistes : quel publicitaire veut voir ses annonces à côté d’un reportage sur la guerre en Afghanistan ou une enquête sur la corruption d’hommes politiques par des entreprises en bâtiment ?

Pour les sites de contenu, le ciblage publicitaire sur internet ne laisse plus qu’une seule porte de sortie : le markéting éditorial, qui consiste à sélectionner les sujets traités uniquement en fonction du volume et surtout de la nature de l’audience qu’ils peuvent attirer et de la ressource publicitaire susceptible de l’accompagner. Et encore, ce n’est pas garanti, la ligne éditoriale du lepost (polémiques et petites phrases politiques, people et faits-divers) est une réussite markéting dans la conquête rapide d’une audience de masse, mais elle ne semble pas vraiment intéresser les publicitaires (Pourquoi je ne suis pas candidat au rachat de lepost – décembre 2009).

Pour ce qui est des blogs, on peut – peut-être – tabler sur la publicité si on ne traite que de gadgets high-tech, pour les garçons, de fanfreluches et cosmétiques ou de recettes de cuisine, pour les filles, et encore, ce n’est même pas sûr. Les quelques blogueurs ou blogueuses “professionnels”, qui annoncent qu’ils en vivent, sembleraient plutôt indiquer que ce qui paye c’est moins la pub (au clic ou à l’affichage) que les billets sponsorisés, dont j’ai déjà écrit ici à quel point je pense que c’est une forme de publicité malsaine, qui mine la crédibilité du blogueur qui l’accepte et pousse à la commercialisation généralisée de sa ligne éditoriale. C’est scier la branche sur laquelle on est assis…

Vivre du don, est-ce de l’aumône ?

Une seconde stratégie de pure player est, semble-t-il, plus intéressante, c’est celle du don (chez Thierry Crouzet : Peut-on vivre du don ? – juillet 2009, avec Jacques-Olivier Teyssier et Christophe Grébert). Le cas du blogueur anthropologue et économiste Paul Jorion est sur ce point emblématique : depuis 10 mois consécutifs, il obtient en moyenne plus de 2000 euros de dons par mois de ses lecteurs, grâce à un petit “bouton Paypall” installé sur son blog. C’était l’objectif qu’il s’était fixé pour pouvoir en vivre, en conservant sa totale liberté éditoriale. Une emblème certes, sauf que je n’ai pas d’autre exemple sous la main à signaler, ce qui rendrait le cas de Paul Jorion moins exemplaire que plutôt exceptionnel.

On peut avoir – ce qui n’est pas mon cas – des réticences morales sur le principe, comme je le sens un peu quand ElectronLibre évoque le “charity business” en annonçant que le site Rue89 travaille à la conception d’une plateforme de dons en ligne pour les contenus. L’objectif est de permettre “au lecteur de financer, sur une base volontaire, des sites qu’il aime et veut soutenir. “Tout site d’information ou blog pourra s’inscrire à la plateforme,” précise Laurent Mauriac, co-fondateur de Rue89.”

L’idée est manifestement dans l’air puisque simultanément viennent de se lancer des plateformes de ce type au fonctionnement original : Flattr, lancé par l’un des fondateurs du site ThePirateBay, et Kachingle, opérationnelle depuis quelques jours seulement. Le principe est identique : le lecteur verse au site en une fois la somme qu’il souhaite donner aux auteurs (à volonté, ou forfait de 5 euros, selon le cas), et c’est ensuite au fil de sa navigation qu’il indiquera les sites qu’il sélectionne ce mois-ci, parmi ceux qui participent au projet et ont installé un bouton de vote sur leur blog ou site.

Le succès de telles plateformes est cependant directement soumis à un fort “effet de réseau” ou “effet de club”, qui veut que le service n’aie réellement d’intérêt pour ses utilisateurs que dès lors qu’il sera massivement et rapidement adopté par les lecteurs comme par les blogueurs. Il risque également de voir son fonctionnement suivre une distribution en “loi de puissance” : du genre 20% des sites reçoivent 80% des dons, tandis que 80% des sites se partagent les 20% restant.

La stratégie du don reste cependant jouable, pour quelques blogueurs stars particulièrement talentueux et qui sont parvenus à conquérir et conserver le soutien d’une communauté de lecteurs très engagée et fidèle. Ce qui n’est manifestement pas mon cas avec novövision. :-p A se demander si vous avez remarqué qu’il y a un bouton pour le don en ligne sur cette page. Si, si, sur le côté, là, à gauche, en haut de la colonne. :o)

Et qu’en est-il des blogueurs salariés ?

Il se font plutôt discrets sur le sujet, et leurs employeurs eux-aussi. Serait-ce peut-être qu’il y a là-derrière quelqu’anguille sous la roche ? Les blogueurs salariés existent (Je le sais de sources sûres, c’est à dire de témoignages directs recueillis et recoupés par mes soins. Mais je ne dévoilerai pas ces sources. B-)), mais ils ne s’en vantent pas. Il sont, par exemple (Mais probablement la pratique s’étend-elle à d’autres éditeurs de presse, qui ne s’en vantent pas plus.), “hébergés” sur les plateformes de “blogueurs invités” des sites lepost.fr et lemonde.fr (Deux sites édités par Le Monde Interactif, filiale des groupes Le Monde et Lagardère, qui est aussi – pour info – vendeur de canons, accessoirement…), mais on ne sait pas combien ils sont, ni combien ils sont payés, et les lecteurs n’en sont nullement informés. Ce qui pour des sites de presse pose à tout le moins un problème de transparence et d’honnêteté vis à vis du lecteur, si ce n’est même un sérieux problème déontologique (qu’en pensent les syndicats de journalistes ?).

Pas un mot non plus sur la nature exacte des relations contractuelles entre ces blogueurs et leur employeur. On est ici, de toute façon, dans les marges obscures du journalisme et ces blogueurs devraient, à mon avis, voir leur situation promptement régularisée avec d’authentiques contrats de travail de journalistes professionnels pigistes, c’est à dire des salariés ! On nous rejoue-là le trouble jeu bien connu depuis des lustres des quotidiens régionaux avec leurs correspondants locaux de presse (qu’en pensent d’ailleurs le fisc et les Urssaf ? :-p ).

Du sous-journalisme, précaire et mal payé

De ce tour d’horizon, que je crois à peu près complet, il ressort que les perspectives de vivre d’un blog en “pure player” (c’est à dire en revenu direct tiré de son activité de blogage) sont fort minces et réservées à une petite “élite”, et pour la plupart de ses membres au prix de concessions éthiques ou déontologiques, qui les rendent incompatibles avec un projet d’auteur libre et sincère. On est quasiment, à quelques exceptions près, dans le sous-journalisme professionnel, précaire et mal payé, avec toutes les dérives potentielles qui viennent avec.

L’impasse du micro-paiement

C’est la nouvelle recette miracle à la mode chez les éditeurs de presse : rétablir sur le net des “murs de paiement”, ou “paywalls”, en mettant en place des systèmes de micro-paiement pour la consultation des articles à l’unité ou par paquets. Je ne reviens sur le fait que le système a déjà été expérimenté par les sites de presse dans la dernière décennie, sans succès, puisqu’ils l’avaient finalement presque tous abandonné avant d’y reprendre goût aujourd’hui (Lire Clay Shirky et l’impensable scénario de la fin des journaux (mars 2009).).

Le rêve est, bien entendu, celui de reproduire le “miracle d’iTunes” accompli par Apple : faire payer sur son propre site ce qui est pourtant facile à obtenir gratuitement par ailleurs, partout sur internet. (Voir Pourquoi l’iPad ne sauvera pas les journaux en ligne (février 2010).) Ça fonctionne avec la musique (quoiqu’il est utile de se demander, au-delà de la bonne affaire pour Apple, si ce dispositif favorise la création sur internet et rapporte vraiment aux auteurs, ou bien s’il concentre le marché sur les best-sellers les mieux marketés. (Lire L’avenir radieux de l’internet ne se passe pas du tout comme prévu (janvier 2010).)), alors pourquoi pas avec d’autres contenus culturels ou informationnels ?

C’est peut-être sur-estimer le pouvoir attractif sur l’internaute (ou même simplement l’intérêt) des billets de blogueurs/auteurs et des articles de journalistes, par rapport à celui de la musique. C’est méconnaitre une différence fondamentale : l’attachement affectif à une musique que l’on ré-écoute avec plaisir, quand il est fort rare que l’on re-lise souvent les mêmes textes. C’est aussi ne pas voir que les textes sont bien souvent beaucoup plus facilement interchangeables d’un auteur à l’autre, du moment qu’ils évoquent les mêmes thèmes, que ne le sont les musiques, quand bien même elles appartiennent au même genre.

Rien qu’un signe, qui m’évoque l’avenir de cette tentative de retour général au payant de la presse en ligne : n’avez-vous pas remarqué vous-aussi cet effacement progressif du paysage internet de liberation.fr, depuis que l’accès en ligne aux articles récents de la version papier est devenu payant ? Après la disparition des kiosques, où s’arrêtera la disparition sur le net d’un titre qui n’existe plus que pour son petit club d’irréductibles, et par les citations que lui consentent charitablement ses confrères (comme c’est aussi le cas pour La Croix ou L’Humanité, d’ailleurs) ?

Les six modèles du free, selon Chris Anderson

Impasse du “gratuit pure player”… Impasse du “retour au micro-paiement”… Mais il y a peut-être d’autres pistes, ce qui nous ramène encore à mes “questions préalables” sur la sincérité de l’auteur vis à vis de ses lecteurs et aux relations entre blog et livre…

Dans son livre, dont je ne recommande pas vraiment la lecture (après l’avoir lu moi-même) (L’essentiel du propos, au demeurant intéressant, se résume fort bien dans les présentations qui en ont été faites et qui sont accessibles gratuitement en français et en ligne. Vous n’apprendrez pas grand chose de plus à lire l’intégral, à mon avis. Lire, notamment :

– InternetActu : La gratuité est-elle l’avenir de l’économie ?

– Eco89 : « Free ! » : pourquoi l’économie de demain sera gratuite.), Chris Anderson explique comment la question de la gratuité des contenus numériques n’est certainement pas une question de mode, d’habitude – ou de mauvaise pratique – des internautes, mais une donnée fondamentale de l’économie des biens numériques dématérialisés sur laquelle il est illusoire d’espérer revenir.

Il y a pourtant des moyens de financer la fourniture de contenus gratuits sur internet, mais la plupart d’entre eux sont indirects. (Je reprends la synthèse de ces “6 grands modes de financement de la gratuité” par InternetActu, qui est fidèle au livre.)

• Le premier d’entre eux est la publicité (un moyen indirect dans la mesure où il s’agit d’un marché dit “à double versant” : c’est l’annonceur qui paye pour que le contenu soit gratuit pour le lecteur, lui-même étant par ailleurs un client). Mais on a vu précédemment que ce modèle n’était pas très compatible avec la démarche d’un blogueur/auteur libre et sincère qui nous intéresse ici.

• Le second est “l’économie du don” , dont on a déjà envisagé aussi dans ce billet les perspectives (réelles, mais limitées, sauf vrai succès à venir des nouvelles plateformes de mutualisation des micro-dons).

“Le coût marginal nul” , quand “il est plus simple d’offrir que de faire payer”, parce que les coûts entrainés par le paiement sont supérieurs à la fourniture gratuite du bien… et que l’on dispose de sources de revenu par ailleurs, bien entendu. Une situation qui me semble manquer de pertinence dans la cas qui nous occupe…

“L’échange de travail “ : “vous accédez gratuitement à un service en échange d’un acte d’utilisation qui crée de la valeur (en améliorant le service ou en créant des informations qui peuvent être utiles ailleurs : c’est le principe des votes sur Digg, de Recaptcha…)”. Cette situation peut, quant à elle, être intéressante dans le cas d’un “blog laboratoire” d’élaboration d’un livre à venir, dans la mesure où les commentateurs apportent une réelle valeur ajoutée à l’œuvre en gestation, en permettant à l’auteur d’améliorer le travail qui sera soumis à une forme de publication ultérieure qui ne sera pas gratuite et le rémunèrera (livre papier ou livre électronique).

• Les “subventions croisées” : “l’offre gratuite d’un produit pour vous inciter à en acheter un autre, comme quand on vous donne un téléphone en échange d’un abonnement.” Bien au delà de l’exemple donné, il s’agit bien là de la perspective la plus intéressante pour le blogueur/auteur, et nous sommes en plein dans un moyen indirect de financement d’un contenu qui est fourni gratuitement sur internet.

Ce principe de “subventions croisées” peut prendre de multiples formes, qui peuvent être exploitées conjointement par le blogueur/auteur.

– c’est le blog comme moyen de construire une notoriété, une identité en ligne, une “marque personnelle”, qui sera “monétisée” par ailleurs : par des prestations d’intervenant, de consultant, de conférencier, d’enseignant, de conseil, de pigiste dans la presse, de rédacteur de préfaces dans l’édition, etc.

– c’est le blog comme plateforme de promotion d’une œuvre qui est vendue par ailleurs, que ce soit un livre, un film, un CD ou DVD, ou une prestation “live” : un spectacle, un concert, une lecture, etc.

– on peut aussi envisager une forme de “monétisation” qui relève du pur marchandisage (ou merchandising en bon français), consistant à se rémunérer par la commercialisation d’accessoires de la marque personnelle que l’on a réussit à se créer en ligne : un tee-shirt novövision ou des mugs avec des photos de moi (ou du petit singe)… avec des chats, ça vous tente ? A moins que vous ne préfériez le tablier de cuisine avec la photo de Thierry, avec des chats, bien entendu…

Prendre le risque de créer

Trêve de sarcasme. Au fond, le problème avec la création n’est finalement pas très nouveau depuis l’arrivée d’internet : son succès (la rencontre d’un public prêt à la récompenser) est presque totalement imprévisible. C’est dans la nature même de la création, puisqu’il s’agit de faire quelque chose de nouveau et que l’on ne peut pas savoir à l’avance si ça sera réussi.

Il est, depuis toujours, très difficile de construire une économie viable dans ces conditions, car cette impossibilité à prévoir rend l’opération fondamentalement risquée.

Il faut investir dans la création, sans aucune assurance sur le résultat final de l’opération. On peut tout perdre (perdre le temps, l’énergie, les moyens qu’on a consacré à cette création), car cet effort créatif ne sera pas récompensé (et quelle que soit la récompense que l’on en attendait), ou tout gagner dans le succès : récompense économique, sociale ou psychologique.

Mais on ne peut pas prévoir. C’est un pari.

Des techniques pour réduire les risques

Une véritable économie de la création n’a pu se développer que par la mise en place de techniques de réduction de ce risque.

La première d’entre elle, c’est le financement indirect de la création par une autre activité « alimentaire » (ou par la rente comme Proust ou Flaubert qui n’avaient pas besoin de travailler pour vivre). C’est le cas de l’écrasante majorité des gens qui publient des livres, qui ont une autre activité par ailleurs, plus ou moins directement liée à leur création, et parfois sans aucun rapport. Leur effort créatif est financé quoi qu’il arrive, même s’il ne rencontre pas le succès espéré (dans ce cas, ce « financement » ne peut pas vraiment être considéré comme une récompense 😉 ). Si le succès arrive, la récompense est accordée « en bonus ».

Dans nos perspectives d’“économie de la gratuité”, à la Chris Anderson, toutes les possibilités évoquées, notamment ces formes de “subventions croisées”, peuvent être envisagées comme des activités “alimentaires” qui permettent la création libre et sincère, mais demandent tout de même quelques concessions à l’idéal.

Une autre solution est de faire porter le risque par un autre. C’est la situation du producteur pour la musique ou le cinéma, et de l’éditeur pour la littérature ou la presse. C’est lui qui prend le risque, en finançant de multiples créations, et en espérant qu’un succès compensera les échecs. C’est la situation également du mécène ou du collectionneur (qui ne se rétribuent pas de la même manière, mais qui font bien le même pari).

Il y a aussi, bien entendu, d’autres techniques de réduction de risque, mais qui ne relèvent pas de la création à proprement parler : reproduire ce qui a déjà fonctionné, se cantonner dans les « créneaux » pour lesquels ont sait déjà qu’une demande existe (tiens, revoilà le markéting !) Mais ça ne marche pas toujours et ce n’est pas de la création…

Il y a enfin la réduction du risque à zéro. C’est le travail sur commande, et c’est de cette manière qu’on a financé la plupart des chefs d’œuvres de la culture européenne du passé, de Michelange à Jean-Sébastien Bach.

Il y a bien eu l’expérimentation soviétique des « artistes fonctionnaires », mais je n’ai pas le sentiment que ce fut une bien grande réussite, et que ces conditions aient été très favorables à la création…

Hors de ça, je ne vois pas d’autre solution pour financer la création. Internet ne change absolument rien du tout à ce problème. Créer c’est prendre un risque et il faut bien que quelqu’un l’assume pour que des créations existent et que, parmi elles, certaines rencontrent un succès qui permet d’obtenir une récompense… alors que la majorité des créations sombrent dans l’oubli, leurs créateurs ne voyant jamais venir aucune récompense de leur effort.

Dans ces conditions, bloguer ne peut être considéré que comme une sorte de « création de loisir », à la Proust ou à la Flaubert, ou alors comme un investissement hasardeux, c’est à dire un pari. C’est le créateur qui assume alors seul et personnellement tout le risque.

Ou alors, Thierry, redevenir salarié…

Et novövision dans tout ça ?

A vrai dire, je ne sais pas très bien moi-même où j’en suis. |-) Sauf que j’adore toujours les smileys. :o)

J’ai testé sur ce blog un bon nombre des solutions passées en revue dans ce billet. J’ai mis de la pub sur ce blog, j’ai mis en place un partenariat avec Amazon qui me fournit une commission sur les livres vendues à travers la librairie de novövision et mes notes de lecture. Mais tout ça ne va pas très loin au final et ça ne vaut pas vraiment le coup, j’en témoigne.

La notoriété acquise grâce à ce blog m’a ouvert la porte de prestations en ligne rémunérées (ici ou ), et même à des “interventions” de “consultant”, qui sont vouées à rester discrètes pour des raisons commerciales. J’aurais pu développer ces créneaux, mais j’ai le sentiment que ça m’aurait demandé des concessions excessives par rapport à mon projet initial.

J’aurais pu devenir un “blogueur médiatique”, en répondant à toutes les sollicitations directes, ou les appels du pieds indirects, qui m’ont été adressés par les médias traditionnels, radio, télévision, presse écrite. Mais j’ai préféré cantonner narvic à sa présence sur internet, avant que le personnage ne m’échappe totalement et que j’en devienne le prisonnier.

Je ne suis pas spécialement porté sur les tee-shirt avec des photos de petit singe, ni sur les mugs avec des photos de chat, alors il ne me reste qu’à essayer maintenant le livre… Ou à chercher un job purement alimentaire, qui me permette de poursuivre ce parcours personnel d’auteur en ligne (et hors ligne) et d’expérimentateur du format blog. Mais comme je l’ai dit, je ne parviens pas à concevoir qu’on mène de front un travail d’écriture par le blog et par le livre.

Je suis en quelques sorte à une croisée des chemins et je reste hésitant sur la voie à emprunter. Ce blog, en tout cas, n’est pas mort, même si je ne sais pas très bien ce que je vais en faire à l’avenir…

Soyez sûrs, en tout cas, que je m’y exprime, quoiqu’il arrive, en toute liberté et en toute sincérité.

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Si vous avez lu ce billet jusqu’au bout :

Sachez qu’il compte plus de 43.000 signes, ce qui représente plus de 28 feuillets selon les usages comptables de la presse, qui devraient être rémunérés, au tarif syndical de la pige, plus 1.800 euros par un quotidien national et près de 1.500 euros par un hebdomadaire national.

Ce billet correspond, en volume, à environ 23 pages d’un livre au format de poche, édité avec une taille des caractères courante. Je vous laisse estimer combien ça pourrait être payé.

Et vous ?

Combien estimez-vous que ce billet peut valoir, en tenant compte du fait qu’il m’a demandé depuis ce matin près d’une quinzaine d’heures de travail de recherche, rédaction et correction (encore imparfaite, j’en conviens), et qu’il n’aurait pas été possible sans le capital de connaissances et de références que j’ai pu accumuler sur ce sujet par le travail de veille, de réflexion et d’écriture que je mène sur ce sujet depuis plusieurs années ?

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24 Comments

  1. J’ai lu avec beaucoup d’intérêt ton papier, non seulement parce qu’il traite d’une question épineuse qui occupe régulièrement mes pensées, mais surtout parce que ta réflexion est bien menée, pertinente. Toutefois, tu oublies à mon sens un élément crucial ou du moins, tu n’en parles pas avec suffisamment d’insistance : la concurrence. Ce terme peut sembler péjoratif dans la mesure où on peut facilement le prendre sous ses connotations économiques. Ici, je voudrais tout simplement parler de plusieurs personnes qui font les mêmes choses pour l’entité “public”, si hétérogène soit-elle. Ce système en entonnoir est classique – il y a concurrence parce qu’il n’y a pas assez de demande par rapport à l’offre ou moins vulgairement, il n’y a pas assez d’argent par rapport aux papiers qui veulent être vendus. Plus périlleux et plus malsain encore, tout le monde peut aisément passer les passer les étapes, à savoir mettre en place gratuitement ses réflexions, en espérant qu’elle ne le soit plus ensuite. Au lieu de créer un “ordre de passage”, les plus talentueux, les plus visibles etc., tout le monde peut se retrouver dans une situation où il bloque son collègue, qui lui-même le bloque et en bloque d’autres (désolé, c’est peut-être un peu obscur). Dans le commerce, on parle parfois de “casser les prix”.

    Le plus raisonnable serait de trouver un nouveau filtre, un moyen juste de sélection qui permettrais à tous de ne pas nourrir continuellement l’illusion qu’il sera payé, de travailler finalement comme les pigistes, qui écrivent que lorsqu’ils ont la certitude qu’ils seront rétribués pour ce qu’ils font. C’est le plus raisonnable mais le moins tentant aussi. Pour avoir une vision plus claire déjà, le lecteur devrais systématiquement donner des retours, positifs ou négatifs sur ce qu’il lit et de la manière la plus sincère possible. En clair, signaler au blogueur s’il a trouvé de l’intérêt dans ses lectures ou pas – c’est gratuit en argent mais pas en temps.

    Dans ta conclusion (“Si vous avez lu ce billet jusqu’au bout”), il me semble que tu illustres parfaitement ce que je veux dire. Tu as écris un papier, effectivement en toute liberté et tu lui donnes ou tu soulignes qu’il aurait telle valeur “selon les prix du marché”. Or, tu l’as justement écrit en toute liberté, sans personne pour te dire quoi faire, ce qui veux dire, en quelque sorte, que tu imposes le sujet, la quantité de signes que tu veux diffuser pour ensuite dire ce qu’il vaut. Dans un médias traditionnel, cela ne fonctionnerait pas ainsi : on te confierais un espace et une rétribution définie et tu devrais écrire en conséquence (sûrement un papier plus court en l’occurrence). On te retirerais donc de la liberté dans la mesure où un “évaluateur” (patron de presse, rédac’ chef, éditeur) te dirais ce qui sera le plus acceptable à la fois pour lui-même (la recette qu’il va tirer de ce que tu fais), pour le lecteur (il sera satisfait si tu parles de ça et dans tel espace) et pour toi-même (tu seras payé pour faire ce que tu aimes faire, malgré les contraintes posées par les autres protagonistes, les lecteurs et lui-même).

    Sur ces bonnes paroles, je vais continuer à parcourir ce blog à contre-courant puisque je ne l’ai jamais lu régulièrement et pointerais mon nez ici et là. En attendant, bon courage!

  2. J’essaierai de répondre ce soir sur mon blog… notamment rapport livre blog pour parler de mon expérience et du piège que ça peut constituer. Là on est au ski. Et on va ressortir avec les enfants (je sais pas s’il me restera des forcez). On profite tant qu’on a encore un peu d’argent 🙂

  3. La question posée est celle de la rémunération, principalement.
    L’oeuvre existe à partir du moment où on a oeuvré, peu importe qu’elle soit reconnue ou non. Est-ce que l’oeuvre est synonyme de travail, est-ce qu’elle s’inscrit dans une organisation sociale ? L’intérêt du produit c’est qu’on peut l’exploiter facilement, ses contours sont nets, son utilisation est prédéfinie… on peut instaurer facilement une chaîne d’exploitation jusqu’au travailleur dont l’utilité est mesurable objectivement (soit-disant). Mais c’est là que l’oeuvre disparait et que le “travail” n’a plus de sens pour le travailleur, que sa valeur lui échappe complètement.
    Je vois donc 2 sous-questions: de l’exploitation comme preuve de la production, de l’articulation entre utilité au moment de l’usage et nuisance lors du transfert de propriété.
    Sinon je me pose personnellement la question de la mesure de la valeur créative d’une oeuvre si on arrive à tracer l’ensemble des échanges de fragments culturels divers qui en sont à l’origine, et si finalement le copyright est bien tenable. Si demain, comme je l’espère, nous apprenons à l’école à travailler collectivement plutôt qu’en secret, si nous apprenons à gérer l’information afin d’y trouver des solutions, de les relier et de les amender tout en traçant chacune de ces actions, le modèle économique nécessairement différent sera-t-il plus efficace ? Et comment mesurer cette efficacité d’ailleurs ?

  4. Puisque ton article pose plus de questions qu’il n’y répond, voici les réponses ou tout au plus les commentaires que pour ma part je peux humblement te proposer:

    1) Un blog n’est aujourd’hui pas structuré pour gagner de l’argent au sens où tu l’entends. C’est une évidence qui ressort tout au long de ton propre article. Or, tu mets faussement en parallèle le gain d’argent par la méthode traditionnelle (vente de piges), et le “lâché” de texte sur Internet. Si ton texte avait été une pige, il aurait été commandé par quelqu’un qui juge que l’achat (cher) qu’il effectue va être compensé par les ventes d’un magazine. Quand tu lâches un texte sur internet. Tu te soumets à des règles non écrites qui se situent entre la mendicité, le bon-vouloir, et le jugement général. En aucun cas tu ne peux aujourd’hui dire “hé ça vaut 2000 euros ce que j’ai écrit! Payez moi!” Sinon, tous les blogueurs écriraient des textes à 98 000 caractères!!

    2) Se comparer à Montaigne, c’est un peu gonflé. Pour ma part, bien qu’abonné à ton site, et au risque de te vexer, je n’ai pas ressenti dans tes articles pourtant intéressant, la force de réflexion (et de concision 😉 ) de cet auteur.
    Par ailleurs, cet auteur écrivait brillamment à une période peu éclairée, où très peu savaient ni écrire ni n’avaient de référentiels pour réfléchir. La situation est presque inverse aujourd’hui. Les millions de blogueurs engendrent des centaines de millions de pages, ce qui par effet de commerce simple dévalue chacun de ces écrits, dont le prix approche donc de la gratuité.

    En l’occurrence, ton article, même s’il a entre autres le mérite de faire le point, d’effectuer un synthèse de ta réflexion, ne fait que reprendre tout ce qui a été dit et redit sur Internet. Alors on peut disserter longuement sur sa valeur : sa valeur vient-elle du travail proprement dit (dans l’absolu), ou bien doit on simplement considérer simplement que tu as fait gagner du temps au lecteur par rapport à ce travail qu’il aurait pu effectuer dans sa plus grande partie. Dans tous les cas, soumis au paiement dans un mode de don, tu devras te soumettre à l’apport ressenti par chacun des lecteurs. En ce qui me concerne, ton article ne m’a rien appris, et tu ne proposes aucune solution innovante (malgré 43000 signes) ;). Donc…

    3) Tu cites Chris Anderson, pour les 6 modèles du Free. Tu aurais pu aussi citer son comparse Kevin Kelly qui a émis la théorie (un peu évangélique) des 1000 fans. Selon lui, il te suffirait d’avoir 1000 fans pour vivre 😉
    Notons en outre que ces deux “visionnaires” qui ont longuement théorisé sur les modèles évoqués n’ont pas su apporter la réponse qui aurait permis de sauver leur journal!

    4) Mon commentaire fait 3016 signes! Imagine si les gens qui écrivent des commentaires les estimaient d’un intérêt commercialisable ce que certains devraient payer sur leurs blogs. Mais comme je suis sympa, je ne te le fais pas au tarif de la pige. Allez Hop, c’est gratuit aussi.

    Je te souhaite bien du courage dans ta quête 😉

  5. Beaucoup de questions, quelques réponses et un long billet. Toujours aussi intéressant de faire un passage dans ta maison, Narvic !

    Pour répondre à ton P.S. : Ton billet n’a pas de valeur marchande. Il ne répond pas à une commande, ce n’est pas une pige, il n’est pas sponsorisé… Tu l’as écrit et publié dans le cadre d’un projet personnel.
    Quand tu joues au football le dimanche matin au bois de Vincennes (je suis sûr que ‘est tout à fait ton style en plus :p) est-ce que tu demandes à ton équipe de te dédommager ? Ou à l’équipe adverse ?

    Ton billet est gratuit. “Gratuit” ça ne veut pas dire non plus “sans valeur”.

  6. Pour répondre strictement à la question que tu poses en fin de message :

    Je ne trouve pas complètement fou d’acheter des billets de blog. De la même manière que je m’abonne à des magazines (trop chers), je pourrais aisément m’abonner à un “bouquet de blogs” par exemple (dans lequel il y aurait novövision et crouzet !). Reste à savoir si nous serions nombreux à sortir la CB pour des blogs et surtout combien ? Les gens paient bien pour lire uniquement les titres des articles et les légendes des photos ratées (je n’ai rien contre la PQR, mais il y a PQ dedans…)
    Désolé, ma proposition ne fait qu’imiter le modèle du print -et ça va agacer notre Crouzet (web)national-, mais je ne vois pas, dans l’immédiat d’autres solutions…

    PS : je gagne le SMIC

  7. Une grande part du texte et du débat m’intéresse, mais je n’ai sans doute pas grand chose de pertinent à dire ni à rajouter.
    Et je ne sais pas répondre à ta question finale, mais j’y ajoute deux questions :
    – tu m’avais parlé de faire le point de la pub pour les livres, as-tu fait le décompte, à date ? Fin 2008, tu avais amassé en un week-end la mirifique somme de 1,18 $ (je n’ai pas calculé en Euro constant…)
    – tu as laissé en tout, smileys et espaces compris, 13 341 caractères en commentaire chez moi, soit un peu moins de 8 feuillets. Je te dois donc 564 Euros (en arrondissant), sans prendre en compte la mise à jour pour les arriérés. Comment te les versé-je ? Peux-tu me dire combien tu me dois en retour ? 😉 Tu saisiras sans doute tout l’intérêt second de cette question…

    Une fable sur l’expérience et Picasso que j’aime beaucoup :
    A une terrasse, le peintre est avec quelques amis et griffonne sur une nappe en papier. Le serveur, qui l’a reconnu, lui demande si l’artiste, déjà bien connu, peut signer la nappe. Picasso répond, narquois, que s’il signe il rachète le restaurant avec la nappe.
    – Pardon ?! Vous avez fait ça en deux minutes ! C’est ridicule !
    – Erreur, il m’a fallu 20 ans pour faire cela en 2 minutes.
    (Nota : je ne sais pas si elle est vraie, peu importe, elle est assez belle pour être contée).

  8. Voila une “démarche” intellectuelle intéressante. Je n’ai pas beaucoup de temps pour répondre, que ce côté lapidaire ne soit surtout pas interprété comme une critique méprisante.

    Si je résume, ta réflexion consiste à dire : Je ressens le besoin de créer une oeuvre sur mon blog, comment faire pour la “vendre” sans me vendre moi même ?
    Le concept clé ce serait donc “vendre” ? La première école de commerce venue annonerait en réponse que vendre, c’est distribuer un produit pour satisfaire un besoin solvable.
    Il faut donc que ta production “pensée” s’organise en une marchandise (produit) qui réponde à une demande solvable (un public acheteur). Si ce n’est que tu choisis avec le blog la voie difficile et solitaire du penseur – éditeur – diffuseur autonome, aucune différence de nature en fait avec l’édition traditionnelle : Il faut un produit vendable… Est-ce bien ton but ?

    Si tu estimes que ce que tu penses vaut la peine d’être diffusé avant que d’être vendu… donne le… Tu peux le faire quasiment sans frais avec le net. Il faut bien vivre ? C’est le dilemne de tous les créateurs. Il faut se vendre soi même pour pouvoir donner.

    “Ce qui se paie n’a guère de valeur ; voilà la croyance que je cracherai au visage des esprits mercantiles.” Friedrich Nietzsche

  9. “Combien estimez-vous que ce billet peut valoir (…)”

    Je l’estime à 0€, gratuit. Il est écrit et offert par plaisir, sa production ne rapportera pas d’€ à quiconque. Même s’il était super-bien écrit et rempli d’idées neuves, un tel billet ne vaut pas d’argent ; il participe de l’économie du don (Marcel Mauss), c’est-à-dire que tu donnes car tu y trouves un intérêt (pas forcément monétisable).

    Bref à mon avis ta manière d’aborder la question est vaine, à la place je demanderai : « pourquoi blog-tu ? »
    Si la réponse est ‘pour obtenir de l’argent en retour’, tu te rends compte que tu te mens, tu te mets le doigt dans l’oeil.

    Sois heureux de donner (autre chose que des euros) et de recevoir (autre chose que des euros), tout simplement (comme les contributeurs de wikipédia ou même les développeurs de logiciels libres sans valeur financière).

    (Ps: ce commentaire est gratuit.)

  10. Pour répondre à ta question Narvic.

    Je dirais : rien.
    Rien en monétaire.

    Pour un rebond sur l’article de Thierry Crouzet, agrémenté de ta réflexion personnelle (aussi intéressante soit-elle), rien. 🙂

    Ton article est aussi très long, et si une partie apporte un plus – c’est celle où tu résumes les possibilités de rémunération – la plupart du reste ne va pas assez en profondeur.

    Quelle démarche suit Thierry Crouzet ?
    Pourquoi souhaite-t-il une rémunération pour son blog ?
    Pourquoi faudrait-il payer un blogueur qui offre gratuitement son contenu ?
    Que cherche un blogueur gratuit ?

    Est-il normal dans un monde de connectés de réclamer de l’argent à ses amis, ou bien la “rémunération” prend-elle une autre forme ?

    Le blogueur offre-t-il vraiment un produit fini ou bien se nourrit-il des commentaires des autres ?

    Oui, ça leur prend aussi du temps (privé/professionnel), donc de l’argent de répondre… et il est plus facile de répondre sur son blog que de laisser un commentaire noyé au milieu des autres 🙂 ).
    Si tu veux une analogie avec un journal : c’est la rubrique courrier du coeur, petites annonces… qui alimentent nombre de pages d’un journal.

    C’est bien un truc de journaliste d’aller obtenir de l’information contre rien !
    Le journaliste vient t’interviewer sur ton lieu de travail (ou pire dans ta vie privée), tu réponds à ses questions (sinon il hurle au scandale, à la liberté de la presse, etc.), mais toi, tu ne reçois jamais rémunération.
    Le jour où on dira aux journalistes, tu veux de l’info : c’est 200 euros !
    Certains vont faire grise mine. (surtout ceux des petits journaux, ou les blogueurs !)

    Et si les gens répondent quand même, c’est bien pour une raison.
    L’échange de bons procédés.
    On parle de moi, donc je vais obtenir une rémunération indirecte (pour les artistes/auteurs), ou un petit quart d’heure de “gloire” (pour les autres).

    Maintenant, pourquoi Thierry ou Narvic ne font-ils pas payer l’accès à leur blog.

    J’y vois au moins trois bonnes raisons.

    – D’abord, ils auront dix fois moins de visiteurs (d’où une chute évidente dans les classements des meilleurs blogs)

    – Dix fois moins de visiteurs, ça veut aussi dire moins d’idées pour nourrir ses rebonds (certains ne paieront pas, n’en ont pas les moyens… certains parmi les plus intéressants ? certains parmi les plus rémunérateurs au niveau de la réflexion ? => ce qui implique ici de “rémunérer” ces gens les plus intéressants, de “rémunérer” ceux qui participent à la vie du blog, ces co-auteurs bien oubliés pour le coup. Donc de leur attribuer une valeur !
    Et qui n’a jamais reçu un commentaire ou une réflexion capable d’ouvrir tout un pan de pensée, venant d’une seule personne qui ne reviendra pas, emporté par d’autres activités.)

    – Dernier point, celui qui paie veut de la qualité.
    Les réflexions de Narvic sur le billet de Thierry Crouzet, ça vaut combien en qualité ?
    Les réflexions de Thierry Crouzet sur la nécessité de rémunérer un blogueur (alors qu’il n’apporte aucune solution potentielle), ça vaut combien ?

    Qui va fixer le prix ?
    Par quel système ?
    On retrouve cette problématique dans la réponse d’Yves Tradoff… c’est la concurrence qui fixe le prix.

    Et si le journalisme, tel qu’on le connaît, commence à se sentir mal… c’est bien parce qu’il ne sert que d’intermédiaire payant ! (toujours payant, même quand les journaux sont dits “gratuits” : la pub, ce n’est pas gratuit, tout le monde la paye.)

    Dans un monde où chacun produit de l’information, où les témoins sont capables d’en générer (via leur téléphone portable, via twitter, ou autres à venir) plus vite que le journaliste ne peut se rendre sur place… Quelle place pour le journaliste de surface ?
    Quelle rémunération ?

    C’est la concurrence qui fixe le prix.
    Si les gens fournissent de l’info gratuite, (disons sur leur temps libre et sur leurs moyens 🙂 ), le journaliste va bien devoir se positionner sur un autre créneau !

    Idem pour l’auteur, non ?
    Tout le monde veut écrire son livre.
    Ou veut croire qu’un blog (journal personnel de vie) ça peut intéresser quelqu’un.

    Oui, ça peut intéresser quelqu’un qui ne connaît pas ce blog.
    Question d’originalité et de nouveauté pour le lecteur ? Mais ça n’intéressera pas un lecteur du blog en question.

    Vouloir produire un livre à partir d’un blog, en se basant sur sa popularité de blogueur, sans réorganiser l’information, sans l’enrichir d’autres réflexions, ça ne peut intéresser que de nouveaux lecteurs. (attention à la fake popularité)

    C’est comme pour un roman lu en feuilleton : qui va le racheter en édition complète ?
    Au risque d’être déçu… à cause de la continuité, là où le feuilleton créait une attente (et alimentait l’imaginaire), permettait la digestion de l’information (et nourrissait la réflexion).

    Entre le livre et le blog, on ne peut pas avoir la même approche.
    La durée de lecture entre en jeu.

    Et au-delà de la durée de lecture, la durée de l’attention.

    Un autre point majeur oublié dans la réflexion de l’un ou de l’autre : cette concurrence de la disponibilité.

    Tant de ressources “gratuites” (et vraiment gratuites quand elles viennent du passé ou du libre), si peu de temps pour toutes les explorer.

    Alors payer ?
    Certes, payer, mais pour de l’excellence !
    Ce qui met la barre très haut pour les billets payants. Au risque de décevoir ses lecteurs.

    Et on cycle : l’excellence demande du travail, ce qui prend du temps…

    Prendre son temps, c’est être plus rare.
    Et qui est plus rare sur le Net finit par ne plus y être du tout !

    En combien de temps un blog disparaît-il des classements ?
    En combien de semaines disparaît-il des fils RSS ?
    En combien de jours son audience chute-t-elle vers la ligne rouge de la disparition ?

    Il faut plus longtemps pour attirer de l’audience que pour la perdre.

    Ce qui expliquerait bien pourquoi Thierry Crouzet ne passe pas au payant sur ses meilleurs articles. Parce que tout est lié.

    Intérêt, audience, rémunération potentielle (directe ou indirecte) sont dans un même sac.

    Et on le sait bien, quand il s’agit d’argent, la liberté en prend toujours un coup dans l’aile.
    Que l’auteur s’éloigne un peu de sa ligne directrice, et il perd ses financements, parce qu’il lui faut conquérir de nouveaux lecteurs, un nouveau public pour son nouveau sujet.

    Rien n’est figé !
    Tout se transforme.
    Et la rémunération s’inscrit sur la longueur de l’écriture. 🙂

    Bien cordialement
    B. Majour

    P.S. Voilà, j’ai passé deux bonnes heures à te répondre.
    Combien ça vaut ?
    Combien es-tu prêt à m’offrir ? :o)

    Dernier point : est-ce que j’ai gagné quelque chose à te répondre, ou est-ce que j’aurais dû ne pas te répondre ? (rentabilité oblige ! 🙂 Et vivre de son écriture, c’est calculer cette rentabilité… à long terme.)

  11. Il y a pourtant bien un grand gagnant à nos échanges “gratuits” : la compagnie d’électricité. :o)

  12. @ (Enikao)

    Il suffisait de demander.

    Bilan Amazon, depuis le 01/02/09 jusqu’à ce jour :

    68 livres vendus par Amazon via novövision, pour un montant total de commission perçue par bibi de 49,32€

    Ça couvre à peu près les frais d’hébergement du blog, mais ça ne me paye pas mes livres : il faudrait plus de dix fois ça. 😉

    Les best-sellers sur novövision sont Bernard Poulet (10 exemplaires) et Versac (8). Ils sont suivis de Fogel/Patino (5), Maurin (4), Estienne (3), et Rébillard (2).

    @ Tous

    Je m’en doutais un peux, puisque c’était déjà le cas chez Thierry. D’autant que je l’ai provoqué par ma petite note finale en effet… provocatrice. :o) La question de l’argent domine dans les commentaires, mais peu d’entre vous semblent s’intéresser à ces plateformes de micro-dons, qui sont pourtant une nouveauté. Les questions concernant la “forme littéraire” de l’écriture de blog, les relations blog/livre, les notions d’œuvres ouvertes ou d’auteur en collectif semblent rencontrer moins de succès. Dommage, pour ma part elle m’intéresse plus que la question financière… :-p

  13. @ B. Majour

    D’où vous viennent ces idées saugrenues au sujet de la place de novövision dans un quelconque classement ou d’une course à l’audience ? La vie même de ce blog et ce que j’ai pu y écrire depuis sa mise en ligne devraient pourtant vous convaincre du contraire. Du moins, il me semble…

  14. Une précision sur le fonctionnement de Kachingle: une fois qu’un lecteur a décidé de soutenir un site, il active le médaillon Kachingle qui y est affiché. Une fois l’activation faite, le lecteur n’a plus rien à faire (jusqu’à ce qu’il décide de retirer son soutien au site), Kachingle comptera automatiquement toutes ses visites.

    La manière dont le système répartit les contributions de chaque lecteur entre les sites visités reflête la valeur que celui-ci en perçoit. Il est vraisemblable qu’au bout d’un certain temps la loi des 80/20 s’appliquera aussi, peu ou prou, a Kachingle.

  15. Ha, bon, finalement, je ne m’en tire pas si mal que ça avec mon poisson rouge… 😉

    Merci pour ce papier qui tombe à pic pendant une grosse crise existentielle en cours (Le Monolecte a manqué totalement disparaître samedi matin et il est encore en sursis à l’heure qu’il est).
    _ Le blog a une dimension que le livre atteint très rarement : la communauté des lecteurs. L’accessibilité que nous avons en ligne en tant qu’auteurs lus et reconnus comme tels par nos lecteurs a l’air, du point de vue du lecteur, fondamentale. Ce rapport crée des liens d’une nature très différente de l’auteur/artiste classique, d’une proxémie très forte. La semaine dernière, j’ai dédicacé un des mes bouquins : un pot dans un bistrot pas loin du bled, une heure sympa de discussion à bâtons rompus, c’est un luxe inouïe, en fait. Il s’agissait d’un cadeau d’anniversaire. La fille m’a dit à la fin : “c’est la première fois que l’on m’offre en même temps un livre et son auteur”.
    _ Nous sommes accessibles, au milieu des autres, distance et hiérarchie abolies. Je ne délivre pas un message qui descend du ciel via le papier, je suis dans l’échange, le dialogue, le débat permanent. L’écriture s’autoalimente et se construit en permanence, comme une œuvre collective.
    _ Du coup, la question de sa valeur est autre : pas de valeur intrinsèque, pour l’instant, dans cet échange qui s’offre à tous, mais la valeur forte que les participants donnent à cet échange dont nous sommes initiateurs.
    _ J’ai annoncé mon envie de tuer Le Monolecte sur Twitter, envie très forte et qui me renvoie à ton expérience de Narvic le vampire, et des lecteurs sont intervenus en défendant leur attachement à l’existence de cet espace et à une économie du don.

    Là aussi, grosse réflexion en cours, comme toi, comme Thierry, dont le papier m’a tout de même plongée dans un gros syndrome dépressif.
    _ Je vais arrêter de te squatter.
    _ Bises
    _ A+
    _ Agnès

  16. Vivre de son blog, ou de livres, de peinture, de théâtre… c’est forcément ardu!

    Mais quand on a lancé l’aventure, on avance!

    Et, au-delà des problèmes financiers (ou plutôt au milieu de), tout est une question de “style de vie”, de forme qu’on souhaite donner à notre vie.

  17. @narvic
    Je viens de faire un micro don de la valeur du roman que j’ai acheté la semaine dernière. Je suis prête à payer pour lire un bon livre qui me divertit. J’ai mis beaucoup de temps à lire ce billet, ainsi que les commentaires qui l’enrichissent et me permettent de connaître d’autres sources d’information. Par l’ensemble des réflexions qu’il suscite et parce qu’il servira mes projets personnels, j’estime qu’il vaut bien un livre.
    Bonne chance

  18. Long mais très intéressant article sur une question qui me taraude aussi, depuis que je blogue. Pour apporter ma pierre à l’édifice, je dirai qu’il faut se poser la question du “à qui profite le crime?”. Un blog n’est qu’un “CECPM” (contenu d’écrasement du coût de production médiatique”, pour certains décideurs dans la presse. Aucun problème avec ça : ils ont une raison (“on a plus d’argent”), des arguments de vente (“ils vous faut bien de la visibilité, hein?”) et de l’expertise (beaucoup de commerciaux-marketeux là-dedans).

    Le blog souffre aussi de sa particularité, revendiquée par certains, à ses débuts. On en a fait un “support” à part, on a créé une caste, détachée de la presse, qui elle-même a mis du temps à adopter l’outil. D’où ce “traitement particulier” facilité : “ben on paye pas, puisque c’est différent!”.

    Je terminerai par ma propre expérience, déjà détaillée sur l’Atelier des Médias concernant la “presse low cost” : en près de deux ans de combat, pour me faire reconnaître comme blogueur “payable et payé”, je n’ai pu le faire qu’hors média, pour des entreprises. Je ne dis pas que c’est impossible dans les médias, mais comme tu le dis, sans doute pour une élite, en fait un petit nombre. Pourquoi? C’est plus un problème mathématique : les médias veulent peu payer! et souvent pas en format “piges”, mais de façon plus souple. On m’a même demandé une fois de suggérer/amener des sponsors, pour un projet de blog éditorial sur le site d’un magazine!

  19. Dans cet échange entre Thierry et toi, c’est la perspective de plateforme de micro-dons qui a retenu mon attention (les autres formes de la monétisation, on les connaissait). Elles sont bien sûr intéressantes (notamment le projet de Rue89 : des nouvelles quelque par ?), mais la encore, pas sûr qu’on atteigne au miracle, car il va falloir du temps à ces plateformes pour atteindre le taux d’utilisateur qui les rendra intéressantes (financièrement parlant) pour chacun des nombreux auteurs qui y seront référencés.

    J’ai du mal à suivre Thierry qui semble chercher une solution idéale et sans contrainte aucune… Pour l’instant, en tout cas, ce n’est pas la manière dont le web a été conçu et agencé. Si on ne fait que publier des billets, l’argent ne rentre pas. Cela nécessite une autre démarche pour cela, celle de se transformer en VRP (ou d’avoir son VRP comme les agences de blogueurs qui ont fleuri un temps : ça existe encore ?). C’est possible, mais oui, c’est un peu un autre métier (quoique, certains écrivains le font depuis longtemps, pensent même que cela fait partie de leur casquette, courant d’une résidence, à un atelier d’écriture pour subsister…).

    Hormis quelques écrivains rentiers, cela a toujours été le cas… Beaucoup ont du assumer une profession à côté de leur existence littéraire ou accepter des contraintes (les règles des feuilletons à l’époque où la publication en presse était de rigueur…). Nombreux sont ceux qui doivent être leur propre VRP de leurs écrits. Ecrire ne se suffit pas à lui-même si on souhaite en vivre.

    Comme le dit joliment Agnès Maillard, il y a tout de même une relation au lecteur qui se transforme avec l’internet. Elle ne se monétise pas plus facilement, non… Pour cela, elle nécessite la même énergie que la monétisation du monde réelle. Elle n’est pas plus miraculeuse… Je trouve cela assez sain pour ma part.

  20. Vous peut-être pas, mais c’est bien une course pour d’autres… afin d’être “rémunéré”.

    Enfin, il me semble. 😉
    B. Majour

  21. J’ai lu une grande partie de se billet mais je n’ai pas le temps de bien l’étudié, toute fois j’espère avoir plus de temps aprés mon travail pour en prendre une plus grande connaissance car j’écris depuis des années sans franchir se pat qui me permettrait la publication de mes livres, eh oui j’aime écrire pour le plaisirs, j’ai sept manuscrits au font du tiroir; J’ai visioné les éditions en ligne et j’en ai peur même si l’offre et préférable pour moi au faible revenu qui ne me permet pas de faire éditer mon livre sur le quel je me suis décidé dernièrement à faire découvrir par une maison d’édition au tarif élevé.
    Une question me turlupine, est-ce mon argent ou mon livre qui les attires?
    Les frais de maquette sont ils vrai ou est-ce un leurre une garantie pour eux?
    Tout cela pour dire que le sujet est bon et tien à coeur pour beaucoup d’entre nous perdu dans leur décision à faire paraitre ou pas nos écrits et savoir ou est le bon blogue ou la bonne maison d’édition.
    Je reviendrais lire se billet trés vite, je le trouve intéressant et peut être parviendrez-vous à me guider dans mon choix à publier ou pas mon livre

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