le salon

Audience en ligne : performance des blogueurs et des journalistes

Allez, on va encore dire que je fais du mauvais esprit et de l’anti-journalisme primaire. Mais j’assume, car je me retranche derrière le confort de l’implacable vérité des chiffres. (En réalité, je ne crois pas à “l’implacable vérité des chiffres”. Je le précise, car j’ai remarqué que certains avaient parfois tendance à me lire au pied de la lettre. Alors que novövision, c’est juste un blog… :-p) 😉

Je me suis livré à mes heures perdues à une petite comparaison. Juste une petite comparaison, tout à fait modeste et sans prétention : celle de l’audience de mon blog par rapport à celle… du site lemonde.fr !

J’obtiens des résultats plutôt surprenants, qui le deviennent encore plus si je fais la comparaison avec des blogs beaucoup plus fréquentés que le mien, comme Embruns, Eolas et Presse-Citron…

Je prends le mois de novembre 2008 comme référence (car ce n’est pas trop ancien, et j’ai des chiffres comparables sous la main, ce qui me semble une raison suffisante).

L’audience du site lemonde.fr, en novembre 2008, selon OJD (Association pour le Contrôle de la Diffusion des Medias), mesurée par Xiti :

47.032.320 visites, 127.465.933 pages vues dans le mois.

Ramené en moyenne par jour (parce que ça m’arrange), ça nous donne :

1.567.744 visites/jour, ou 810.204 visiteurs/jour.

C’est ce dernier chiffre qui m’intéresse…

L’audience de novövision en novembre 2008, selon Google/Urchin (données fournies par mon hébergeur) :

95.925 visiteurs, soit une moyenne de 3.197 visiteurs/jour (Je sais que les compteurs en bas de cette page donnent des chiffres très différents, mais je suis bien en peine de vous expliquer pourquoi, ni même de vous dire ce que ces compteurs comptent exactement…)]

Fort bien. Et alors ? 3200 visiteurs/jour, c’est excellent pour un blog (merci à vous |-) ), mais par rapport au site du Monde, c’est vraiment une goutte d’eau !

Justement, ça dépend comment on considère la question… Voilà où je veux en venir. Je me suis donc livré à un petit calcul qu’on pourrait désigner comme une sorte de calcul de performance.

Les 810.000 visiteurs/jour du monde.fr représentent 253 fois l’audience de mon blog. Et ils s’y mettent à combien pour réussir une telle performance ?

Lemonde.fr (édité par Le Monde Interactif) est alimenté par sa propre rédaction, d’environ 35 journalistes, [semble-t-il. Mais le site reprend aussi la production éditoriale du journal Le Monde, dont la rédaction était formée de 340 journalistes au début de l’année dernière (un plan de suppression de près de 90 postes de journalistes est en cours). Sans compter que les blogueurs de la plateforme du monde.fr sont vraisemblablement comptabilisés dans le trafic global du site. Sans compter que le site diffuse également les fils d’information des grandes agences de presse, telles que AFP (1200 journalistes), Associated Press (3000) et Reuters (2500)…

Tout ça pour ça ?

Lemonde.fr fait 253 fois l’audience de mon blog de dilettante, avec ses trois ou quatre billets et une poignée de liens publiés chaque semaine, en mettant en oeuvre de tels moyens humains ! 375 journalistes à plein temps font 253 fois plus qu’un simple blogueur à temps partiel.

Et encore. C’est 253 narvic, mais c’est aussi seulement 162 Laurent Gloaguen (du temps ou Embruns surfait sur ses 5000 visiteurs/jours, le trafic a dû baisser un peu avec la période de déménagement…). Pire encore, en comptant que Eric Dupin (Presse-Citron) ou Maître Eolas (Le Journal d’un avocat) doivent tourner autour de 10.000 à 15.000 visiteurs/jour, lemonde.fr ne pèse plus que… 80 à 50 super-blogueurs !

Un tel résultat devrait conduire à mon sens les journalistes du Monde et du monde.fr à s’interroger un petit peu. Et la question est encore plus pressante pour Lefigaro.fr ou liberation.fr…

Lefigaro.fr, avec ses 462.828 visiteurs/jour (nov. 2008/OJD) “pèse” 114 fois novövision, 92 fois Embruns, et de 46 à 30 fois Eolas ou Presse-Citron.

Liberation.fr, avec ses 275.742 visiteurs/jours (nov. 2008/OJD) ne “pèse” plus que 86 fois novövision, 55 fois Embruns, et de 27 à 18 fois Eolas ou Presse-Citron…

Ma première remarque conduit à relativiser très sérieusement l’audience réelle de ces sites de grands médias, et à réévaluer le poids des blogs en comparaison. L’audience des blogs est très loin d’être aussi négligeable que ça…

Ma seconde remarque me conduit à m’interroger sur la performance des journalistes de ces sites de grands médias. Pour faire “aussi bien” qu’Eolas ou Presse-Citron, les 375 journalistes du Monde et du monde.fr devraient multiplier l’audience de leur site par 4,6 (sur la base 10.000 visiteurs/jour/journaliste) ou même par 7 (sur la base 15.000/visiteurs/jour/journaliste). Je ne parle même pas du Figaro et de Libération…

Comment expliquer ce qu’il faut bien qualifier de contre-performance réelle de ces sites des grands médias par rapport aux blogueurs ? Je n’ai pas vraiment de réponse, seulement quelques idées :

l’absence des journalistes en ligne : ils ne sont pas réellement à l’écoute des lecteurs-internautes, ils ne sont même pas présents. Leurs textes sont finalement impersonnels et désincarnés, émanant d’un collectif, d’une marque, pas d’une personne.

l’absence d’interactivité réelle dans ces sites : les journalistes ne dialoguent pas avec les lecteurs, ne répondent pas aux questions. Les zones de commentaires sont en réalité des forums entre les lecteurs (souvent même des champs de bataille) et la modération est le plus souvent sous-traitée.

– bref, une position de distance et une absence de connivence avec les lecteurs, alors qu’il semble précisément que le lecteur cherche aujourd’hui de la proximité et de la connivence, ce qu’il trouve dans les blogs à défaut des médias…

Et vous, vous en pensez quoi ?

20 Comments

  1. On va commencer par le point 2. 😉

    Exemple sur une situation réelle (mes forums), en janvier 2008 :
    – Audience Google/Urchin (pas Analytics, mais des stats serveurs, si on parle bien de ça) : 1,7 million.
    – Audience Xiti : 1 million.

    Et sur un tout petit blog, on peut passer de 20.000 visiteurs en Xiti à 200.000 en Urchin.

    Cela relativise (mais n’explique pas tout, ce constat reste judicieux).

    N’as-tu pas accès à des stats Google Analytics, par exemple ?

  2. Narvic, autant j’aime beaucoup ce que tu fais, autant ces chiffres sont sans intérêt 😉 Oui, c’est un peu brut de décoffrage, mais parlons simplement de marque média : sur 100 M. ou Mme Toulemonde, qui connait Le Monde ? Et qui connait Narvic ?

    Voilà.

    Distinguons audience “naturelle” par effet de notoriété (puissance de la marque) mais aussi par inclusion dans Google News, de l’audience qualifiée de ceux qui viennent sur novövision en toute connaissance de cause.

    Mettre en regard les moyens par rapport à l’audience c’est un peu le genre de thermomètre qui n’a pas d’intérêt. La météo TV ne demande pas beaucoup de moyens en comparaison du taux d’audience…

    Car ce qui fait l’intérêt d’un contenu, c’est sa “valeur ajoutée” (ton, différenciation, exclusivité, profondeur, mise en perspective), et tôt ou tard ça finit par payer. Mais un blog et un site média ne produisent pas la même chose. Il est donc un peu injuste de comparer le travail forcé (des journalistes, payés pour un job et écrivant dans des rubriques définies) du plaisir/passion (du blogueur qui écrit quand il veut, si il veut, sur ce qu’il veut).

    Et puis j’en serai aussi à penser que les versions online des médias ne sont peut-être pas encore arrivées à maturité.

    Comme beaucoup de “-ismes” (en fait, peut-être tous), le journalisme est une croyance qui a ses codes, parmi lesquels figurent en très bonne place la “neutralité” et l’impersonnalité. Ce sera difficile de s’en départir, toute tradition a pour premier objet de se perpétuer…

  3. @ anonyme #3

    Je ne crois pas qu’Eolas passe son temps à maximaliser l’audience de son blog (moi non plus d’ailleurs) et le contenu qu’il apporte n’est copié nulle part (de ce côté là, c’est moins vrai pour moi 😉 ).

    En revanche, je vois qu’il y a des stratégies d’audiences mises en oeuvre dans ces sites de médias : optimisation du référencement, achat de mots clés, dont le résultat me semble finalement pas très convaincant.

    @ (enikao)

    Quand je parle de performance, c’est bien pour souligner qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans ces sites de grands médias : leur audience par rapport à celle des blogs est décevante, alors que dans les trois cas que je prend (Le Monde, Le Figaro et Libération) le contenu mis en ligne est plutôt de qualité d’une manière générale.

    Je pense au fond que ces sites devraient faire beaucoup mieux qu’ils ne font s’ils prenaient des leçons auprès des blogueurs.

  4. Malgré tout ce que l’on peut dire, il faut bien avouer que les grands médias comme Le Monde.fr, devraient commencer à se poser les bonnes questions. Il est vrai aussi que les blogs comme le tien deviennent des sources informatives qui commencent à bénéficier d’autant de crédits que la presse “officielle”. Comme tu le dis, et le sous-entends si 375 journalistes travaillaient sur Narvic, quel serait le nombre de visiteurs uniques à passer ici ?
    Beau débat, beau sujet et aussi de l’espoir !

  5. @ Narvic : je comprends bien, mais ce qui est de qualité n’est par ailleurs pas différent. Alors que les blogs traitent autrement, produisent autre chose.

    Il ne faut pas non plus oublier qu’il y a peut-être aussi un engouement supérieur pour les blogs… par effet de mode ! Ca fait peut-être mieux de dire qu’on lit des blogs que de dire qu’on lit Lemonde.fr. Je n’en ai pas la preuve mais je pense que ça joue.

    Pour ce qui est de prendre des leçons, je ne sais pas ce qui ressortira de l’expérience de l’Express.fr mais il me semble que c’est un peu l’idée.

  6. Depuis un certain temps, je me pose la question de la frequentation de ces sites par pages produites.

    J’ai l’intuition que ce serait interessant.

  7. Bonsoir et meilleurs vœux à Narvic et à ses lecteurs.

    Que donnerait le rapport audience/journalistes pour le 20 h de TF1 ou de France 2 ? 😉 Je sais, ce ne sont pas les mêmes supports mais justement, malgré tout le bien qu’on en dit, peut être que c’est tout simplement le support internet qui séduit trop difficilement les français sur le plan de l’information (limitations techniques, matériel, frais d’abonnements, difficile à consulter en dehors d’un bureau, difficile de consulter en famille, culture de l’info internet pas forcément très répandue au delà des vidéos-choc, et j’en oublie surement). Bien sûr, le suivi de l’info sur internet offre également de nombreux avantages comme le non-linéarité, le temps réel et la manipulation du contenu par le lecteur mais ces avantages ne séduisent peut être pas (encore ?) une grande majorité de français.

    Sur le net, on se fait souvent plaisir on brandissant des nombres de visiteurs/jours importants ; des chiffres sur la « baisses » de fréquentation des « vieux » médias ; et de la prospective sans limite (« demain, on consultera tous les journaux sur des e-paper à 300 € + des abonnements internet à 50 €/mois dans le métro »… mais oui 😉 En attendant, les gratuits ont sans doute quelques beaux jours devant eux, malgré une qualité limitée). Au final, si on fait le compte, on s’apercevrait peut être (j’en sais rien) qu’il n’y a pas plus d’un million de français différents qui suivent régulièrement les blogs et les journaux en ligne (les mêmes personnes qui « suivent » plusieurs sites chaque jour + un gros paquet qui tombe dessus au hasard des liens, sans forcément lire ce qu’il y a au bout et sans voir la pub qui permet de rentabiliser le tout). Les autres internautes resteraient fidèles à une consommation des médias plus « clé en main » et rituelle, à l’ancienne (radio le matin ou en voiture ; télé le soir ; internet quelques minutes par-ci par-là, au bureau, quand on peut ; et un journal papier pour ceux qui passent devant un kiosque et qui sont allergiques aux autres médias).

    Je veux dire par là qu’il existe peut-être un « plafond-limite » de lecteurs réguliers qu’il serait difficile à franchir pour un site d’info francophone, même avec 50 community managers pour assurer le contact-lecteurs, 5 000 journalistes employés, une qualité inégalée, du multi media et des fonctions à gogo, et avec quelques femmes à poils en bonus ? C’est juste un hypothèse qui passe dans ma tête de non expert des médias. Peut-on vraiment faire plus rentable que la télé sur un grand site d’info internet francophone ? Sans prendre le risque de comparer à la télé, peut on juste produire sur internet un contenu généraliste de qualité (plus large couverture possible, écrire convenablement, être réactif, produire un max de contenu original, aller chercher les infos là ou elles sont, enquêter en envoyer des journalistes lorsqu’il le faut, assurer une part de contenu alternative plus culturelle, etc.) tout en restant rentable et en étant francophone ?

    Je vois déjà venir Narvic 😉 : oui, certaines initiatives sont intéressantes (ASI, Rue 89, Vendredi, link journalisme, etc.) mais au final, ce ne sont que des titres complémentaires aux gros médias nationaux, ils ne peuvent pas vraiment s’y substituer à cause d’une ligne éditoriale et/ou de moyens restreints.

    C’est vrai quoi, on cherche tous des idées révolutionnaires, des modèles éco, des exemples de sites qui ont marché (buzzé) pendant 6 mois, dans l’espoir de faire tourner les grosses rédactions sur internet… mais peut être que c’est juste impossible de faire tourner une rédaction de 400 journalistes uniquement avec un site net, en France. Quelle que soit la stratégie engagée, peut être y a t-il un « lit » de lecteurs potentiels qui n’est de toute façon pas assez important (si tel est le cas, le sera t-il un jour ?) pour entretenir un personnel capable et suffisant pour assurer un contenu généraliste de qualité, diffusé uniquement par internet ? Personnellement, si j’avais un conseil (de simple observateur) à donner pour sauvegarder les rédactions des grands quotidiens, ce serait d’aller sur les supports ou sont les français (une radio d’info Le monde ? une chaine télévisée d’info Le monde ?… bon, journal le gratuit, c’est déjà fait). Pas seulement les attendre, peut être en vain et à grand coups de licenciements, sur le net ; et pas seulement les regretter sur version papier historique en pleurant après les aides de l’État. Amener l’info là ou sont les français et non l’inverse. Jouer le multi supports de toute urgence. Le net n’assure pas la survie de la version papier, alors pourquoi ne pas distribuer aussi la production de la rédaction sur d’autres médias ?

  8. Bonjour Narvic,

    est-ce qu’un visiteur chez Eolas (je le prends en exemple car c’est le plus incongru) représente le même potentiel économique que chez Libé ? Si oui, ton raisonnement tient.

    Ou, dit autrement, quelle somme un annonceur est-il prêt à donner pour un lecteur Eolas ou Libé ?

    Eolas dispose-t-il d’une équipe dédiée à augmenter la valeur de ses lecteurs (fidélisation, branding, co-branding, etc., avec tout ce que cela représente pour les annonceurs).

    Le marché se moque de l’audience en tant que telle à mon avis, et même de la qualité des contenus, et trouve pour l’instant les solutions pour que cela fonctionne.

    Faire du downsizing sur les équipes web, ce serait admettre la défaite du web avant que les usages et pratiques aient été inventés. Dommage, non ?

    Et les bloggers, s’ils représentaient un véritable dispositif alternatif en terme de valeur de leurs lecteurs, pourraient jouer. Mais ils sont incapables aujourd’hui de satisfaire les exigences des annonceurs ; faute d’envie pour la majorité, et c’est très bien, faute de moyens pour les autres, il suffit de regarder le contenu des billets sponsorisés, l’indigence de la plupart des boîtes qui élèvent des bloggers, les dispositifs webmarketing rikiki qui existent, etc.

    (et bonne et heureuse année Guillaume)

  9. Il y a maldonne, je pense, dans le propos de frère Narvic : l’influence d’un underground émergent ne se mesure pas à l’establishment en termes d’audimat.
    Cessez de mesurer, de calculer, de jauger, vous faites leur jeu.

    La vérité est tailleur (dicton de Savile row).

  10. “pourquoi ne pas distribuer aussi la production de la rédaction sur d’autres médias ?”

    Produire du contenu TV c’est très cher.

    Les nouvelles chaînes de la TNT investissent des millions pendant des années.

    En multipliant l’offre TV on diminuera aussi la rentabilité, sans forcément diminuer les coûts: une production vidéo de qualité reste très coûteuse.

  11. Est-ce qu’il n’y aurait pas aussi une limite à l’augmentation marginale du lectorat selon le nombre de lecteurs ? (Ou une notion d’économie qui a un nom proche, j’ai un peu la flemme de chercher).
    Un journal peut-il assurer la présence des journalistes en ligne et l’interactivité ? Qu’en est-il sur les blogs de journalistes hébergés sur le Monde ? Et dans les pays voisins ?

  12. À NW :

    Je suis d’accord sur le risque financier (et puis je ne suis franchement pas un expert en la matière) mais une rédaction comme celle du Monde à tout de même un sérieux capital en terme d’image et de crédibilité auprès des français qui lui donnerait sans doute un avantage par rapport à d’autres chaines d’info télévisées ou radiophoniques. Un capital d’image qui, pourtant, s’amenuise lentement au fil des licenciements. Je comprends bien l’énorme pari financier que représenterait l’investissement dans une diffusion tous médias. Mais d’un autre côté, j’ai aussi un peu de mal à accepter un système qui veut qu’une rédaction doive être attachée à un seul support de diffusion (le papier pour Le Monde puisque pour lemonde.fr, il y a quelques arrangements internes qui font que l’essentiel des gens qui produisent l’info est économiquement attachée au journal papier). Pour moi, la rédaction du Monde devrait évoluer en structure « indépendante » de tous supports, telle un noyau, et avoir la capacité technique de diffuser elle même l’info qu’elle produit sur tous les médias disponibles (principe qui rejoint un peu la notion de marque déjà largement évoquée, y compris par les intéressés), pas simplement une diffusion sur 2 ou 3 médias choisis par « proximité technique », comme c’est le cas actuellement.

    Je trouve que c’est un peu du gâchis pour une telle rédaction de se limiter à une diffusion sur papier (devenue non rentable en version payante) et au net (pas assez rentable pour financer toute la rédaction) alors qu’ailleurs, d’autres rédactions pas forcément plus fiables et assurément moins prestigieuses, font gagner de l’argent à la télé, à la radio ou à des magazines. Il y a quelque chose qui ne colle pas et qui pour moi, elle lié à un potentiel de lecteurs trop restreints sur les territoires médiatiques investis par Le Monde.

    Dans un registre plus accessible (« plus réaliste » devrais-je peut être écrire), reste la bonne vieille solution de la version net avec un « produit d’appel » en papier gratuit (… en abandonnant la version payante qui plombe l’économie du groupe). Idée dont on parle depuis des années mais pas sûr que cela soit assez rentable pour entretenir une rédaction aussi solide qu’elle ne l’est actuellement ou qu’elle ne l’était. Car pour moi, le patrimoine à conserver absolument, c’est la rédaction ainsi que les moyens qui sont à sa disposition. Et j’ai un peu la sensation qu’on y perd tous un peu (lecteurs ou non) lorsque qu’on voit le nombre de journalistes de rédactions comme celles du Monde ou de Libé se réduire au fil des années.

    Désolé pour la longueur de mes messages, d’autant qu’il n’est pas exclus qu’ils comportent un grand nombre de bêtises et de fautes.

  13. @ Ouinon

    un billet qui va dans ton sens:

    « Quand j’ai repris RMC, c’était 600 journalistes et moins de 2% d’audience (…) On l’a repensé comme une start-up… aujourd’hui c’est 125 journalistes et 6,2% des audiences ».

    Les clés du succès d’une entreprise « low cost », ces nouveaux entrants sur le marché médiatique, Alain Weill croit alors les détenir. « Il y a trois facteurs de réussite » affirme t-il, « le marketing éditorial, c’est-à-dire connaître les attentes du public, la rupture de gestion et une culture commerciale forte ». Une formule qui semble profiter à celui qui se défend d’appartenir aux industriels propriétaires de médias « qui n’y connaissent rien ». Il n’aura ainsi de cesse de ponctuer son discours d’exemples de réussite auxquels il a contribué. « Quand j’ai repris RMC, c’était 600 journalistes et moins de 2% d’audience (…) On l’a repensé comme une start-up… aujourd’hui c’est 125 journalistes et 6,2% des audiences ».

    Même contentement pour ce qui est de sa petite chaîne d’information qui s’est imposée en trois ans comme la numéro un, donnant à ses concurrentes LCI ou I>Télé des sueurs froides. « BFM TV va être la première chaîne rentable d’ici peu… avec le plus gros budget » assure t-il devant un public étonné par tant d’optimisme.

    Prophétisant l’avenir du rôle de journaliste comme un métier de spécialistes naviguant entre les rédactions, Alain Weill ne s’inquiète pas des risques pour la qualité du travail de ces nouveaux petits soldats experts de l’information. Avec le lancement prochain de RMC Sport, une agence chargée de produire du contenu pour les rédactions de La Tribune, RMC, BFM et 10 Sport, le businessman médiatique compte bien prouver que cela peut fonctionner. Interrogé sur la possibilité d’augmentation des salaires si le travail est multiplié par quatre, le rentable PDG assure qu’il n’y a pas d’inquiétudes à avoir, « les journalistes continueront à travailler 35 heures par semaine ».

    http://www.lecourant.info/spip.php?article1625

  14. C’est effectivement un modèle à tester : Narvic n’a qu’à virer 79% de son personnel, on verra bien si ça triple son audience 🙂

    Et un journaliste qui butinerait librement de titre en titre, ça m’évoque irrésistiblement le pigiste mercenaire en quête de petits boulots … à low cost bien évidemment.

    Des restructureurs, on en a connu beaucoup dans bien des secteurs aujourd’hui fortement moins-vivants (on ne dit plus “mort”, c’est négatif). Ces success stories sont peut-être celles des fossoyeurs ? En tout cas, il faut éviter de généraliser des exceptions, aussi brillantes soient-elles.

  15. Attention, mélange des genres.
    le monde et le monde.fr sont deux rédactions séparées, le monde.fr étant une filiale du monde papier, qui appartient pour moitié à lagardère. Ce sont deux rédactions séparées.

    A ma connaissance, lemonde.fr emploie environ 25 journalistes.

    La rédaction du monde a perdu à peu près un tiers de ses effectifs. Je crois qu’on est passés sous la barre des 300 même avant le plan social. Le journal va perdre 1000 pages/an.

    Un journal c’est un grand magasin, un blog une boutique spécialisée….
    Si je prends la culture comme exemple, les spécialistes de l’architecture ne font pas l’opéra ou le cinéma. Il faut des compétences…

  16. Laurent François a curieusement fait un billet qui, je trouve, répond mieux que moi : trafic, lectorat, audience sont hélas pris pour synonymes…

  17. À NW :

    L’article que tu cites ne va pas vraiment dans mon sens car de mon point de vue, il est capital de conserver en France des rédactions importantes, avec des moyens suffisants pour faire un travail de couverture et de traitement convenable.

    Si demain, on se retrouve avec une multitude de sites d’info spécialisées sur internet, alimentés par des rédactions de 25 journalistes (dont 10 stagiaires) qui passent 8 heures par jour derrière leur écran, on pourra toujours se dire que ces sites sont rentables (ça nous fera une belle jambe 😉 ) mais au final, s’il ne reste que ceux là, je ne pense pas que les citoyens seront mieux servis. Peut être plus d’articles irrévérencieux ou « couillus » que les grands titres n’osent pas sortir, certes, mais dans ce genre de site, je trouve qu’il manque quand même 90 % de ce qui fait l’information du monde, au moment ou elle se passe.

    Les sites d’infos « alternatifs » ou « indépendants » ne me dérangent pas (j’en suis quelques uns avec plaisir — en complément) mais parallèlement, j’aimerais bien que des rédactions plus importantes comme celle du Monde, Libé ou le Figaro, soient conservées en l’état. Pour moi, l’enjeu n’est pas de sortir une multitude de « startups » d’information rentables, mais de faire en sorte que les poids lourds historiques puissent également rester à flot avec tous leurs moyens, sinon je pense qu’on perdrait franchement quelque chose d’important dans l’équilibre médiatique français. Utopique ? Inutile ?

  18. ben je ne lis pas ou peu lemonde.fr néanmoins libe.fr semble plus fait pour les acharnés du net qui laisse des commentaires!

    felicitations il est joli et bon ce blog

    que 2009 soit le lit de toutes vos réussites!

    NEANMOINS cela fait beaucoup de visites pour peu de commentaires

  19. @ tous

    Pardon de ne pas participer très activement à ce débat vraiment passionnant, que j’ai suscité et que vous animez très bien…

    Mais je suis un peu occupé à de nouveaux développements de cette entreprise qu’est novövision, et qui commencent à prendre forme par là…

    Merci de votre participation… et de votre compréhension. 😉

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