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A la recherche du cyberjournaliste introuvable…

Comment les journalistes, depuis plus de dix ans maintenant, ont raté le train d’internet ? La recherche universitaire fournit d’intéressantes pistes pour comprendre pourquoi la “révolution” de la “société de l’information” est en train de se faire sans ceux qui se considèrent pourtant eux-mêmes comme des professionnels de l’information.

Les défis que pose internet à cette profession sont en réalité largement identifiés depuis un moment. Sur le sujet et à titre “historique”, la question est plutôt de savoir pourquoi les journalistes n’ont pas voulu, pas su… ou même pas pu les relever.

Internet pousse en effet les journalistes à redéfinir leur métier dans une direction dans laquelle ils craignent d’y perdre ce qui fait à la fois leur identité et leur spécificité professionnelle dans le traitement de l’information. Leur “résistance” ne peut être ramenée à un simple archaïsme, à une position corporatiste ou conservatrice.

Ce cyberjournalisme, que l’on voyait poindre dès le début des années 2000, n’a pas donné en réalité tous les fruits que l’on en attendait et il peut même finalement apparaître moins comme un modèle que comme un repoussoir, désignant la voie d’une sorte de fin du journalisme, dilué dans la communication et le marketing, renvoyant “à un traitement de type techno-bureaucratico-commercial de l’information”.

Internet renouvèle en profondeur la diffusion de l’information, mais c’est finalement peut-être aux marges du journalisme, à la frontière de l’espace professionnel, que s’expérimente aujourd’hui un renouveau de l’information.

C’est dans cette direction que s’oriente aujourd’hui la recherche, dans une approche plus globale de l’information sur internet, intégrant les webzines, les portails, les blogs, les agrégateurs et les bases de données, décrivant un nouveau monde dans lequel la place du journaliste n’est plus aujourd’hui centrale.

Contre toute attente, ces recherches ne conduisent pas tant à mettre en évidence une réelle explosion de l’offre de contenus relevant de l’information journalistique sur internet, que de souligner plutôt la constitution d’un complexe système de diffusion, à plusieurs acteurs, professionnels, amateurs et informatiques, tous interconnectés, assurant une forme nouvelle de “circulation réticulaire de l’actualité”.

Je poursuis ma petite série de billets tirée d’une plongée dans les archives du web sur les travaux de recherches en sociologie du journalisme et d’internet.

Lire précédemment :

• 1/3 : Comment les blogs portugais font changer le journalisme (et en France ?

• 2/3 : Les journalistes « pris dans la toile » d’internet

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• En 2003, Nicolas Pélissier, dont nous suivons les recherches depuis nos épisodes 1/3 et 2/3, synthétise sa réflexion dans un article publié par la revue Hermès :

Un cyberjournalisme qui se cherche (document disponible au format .pdf)

• En 2006, le sociologue Franck Rébillard prolonge, et renouvèle, ces recherches en dressant un tableaux global de l’offre d’information d’actualité sur internet, pour s’interroger sur le rôle qu’y jouent aujourd’hui les journalistes (J’ai signalé sur novövision du livre de Franck Rébillard : “Le web 2.0 en perspectives”. Et j’y suis revenu sur l’aspect particulier de l’ouvrage liée aux mutations de la fonction éditoriale sur internet. ) :

« L’information journalistique sur l’internet, entre diffusion mass-médiatique et circulation réticulaire de l’actualité »

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Nicolas Pélissier et Denis Ruellan proposaient en 2000, on l’a vu (cf. 2/3), une approche originale du journalisme, comme un “art du réglage” entre des contraintes multiples et contradictoires, tissant un ensemble de paradoxes (vis à vis de la règle, de leurs pairs, du public, de leurs sources et de l’information) qui fonde l’identité professionnelle des journalistes.

Les chercheurs relevaient que cette tension permanente pour maintenir un équilibre précaire conduisait à ce que le changement soit plus difficile à mettre en place pour cette profession que pour d’autres. Ils envisageaient ainsi que l’introduction d’internet déstabilise la profession plus qu’autre chose, en agissant comme un “accélérateur paradoxal” des contradictions du journalisme.

Trois ans plus tard, en s’appuyant «sur les résultats de trois années d’enquêtes menées par un réseau transnational de chercheurs spécialisés» auquel il participait ( Il s’agit du programme « PQR en-ligne et local sur Internet », piloté par l’IUT de Lannion (ONTICM/CRAP/ CNRS), sous la direction de Denis Ruellan, et associant 15 chercheurs ayant étudié six pays différents (France, Brésil, États-Unis, Canada, Mexique, Roumanie).

Pour les publications de ces travaux, voir B. DAMIAN, R. RINGOOT, D. THIERRY, D. RUELLAN (dir.), ([email protected]), Paris, L’Harmattan, 2002. Cf. aussi le dossier « La presse en-ligne », n° 4 de la revue Médiamorphoses (???/PUF), mars 2002, coordonné par J.M. Utard. Cf. enfin N. PÉLISSIER et al., « Cyberjournalisme : la révolution n’a pas eu lieu », Quaderni, n° 46, février 2002, p.5-27.), Nicolas Pélissier tire les conclusions de cette démarche. Il part à la recherche du “cyberjournaliste”… et il ne le trouve pas !

Un idéal-type du cyberjournaliste : hypertexte, navigation, interaction

Internet, qu’est-ce que ça change/qu’est ce que ça permet pour les journalistes ? Le chercheur identifie “trois conditions normatives” : si “elles sont réunies, partiellement ou totalement, on pourra alors commencer à parler de cyberjournalisme. Et de changement qualitatif de la profession.”

Ces trois “conditions normatives” répondent à une exploitation proprement journalistique des “trois principes (qui) constituent l’édifice conceptuel le mieux à même de garantir une utilisation optimale des réseaux numériques”, à savoir : “hypertexte, navigation, interaction : un tryptique de référence”.

L’invention d’une écriture hypertextuelle :

Celle-ci renvoie à “une double compétence”, à la fois technique et sémantique (et constitue, c’est moi qui souligne, une réelle nouveauté pour les journalistes).

Dans d’autres travaux (PÉLISSIER, ?., RUELLAN, D., « La Compétence encyclopédique, Un défi épistémologique pour la formation au journalisme », in RIEFFEL, R., WATTINE, T. (dir.), Les Mutations du journalisme en France et au Québec, Paris, Éditions Panthéon-Assas, 2002, p. 57-81.), nous avons qualifié cette double compétence de techno-encyclopédique : il s’agit, pour le journaliste, de proposer un traitement contextuel, référentiel et récursif des informations reposant sur une « mise en boucle » rétroactive et généralisée de celles-ci. Cette faculté repose à la fois sur une habilité technique et sur une intelligence de la complexité des interactions avec l’environnement.

La conception de circuits de navigation :

Il s’agit de “s’affranchir des limites posées par le modèle classique du texte littéraire”, pour s’orienter vers la réalisation “multimédia , ou plutôt hypermédia, qui implique la déclinaison des informations sur des supports à la fois différents, convergents et intégrés (textes, sons, images fixes et animées)”, au sein desquels le journaliste organise une “navigation”, des “parcours” pour l’internaute.

Cette information doit s’adapter à un cadre “déterritorialisé” et car elle s’adresse à un public “diasporique” ce qui constitue également une grande nouveauté pour les journalistes, qui se sont toujours – jusque-là – adressés à un public situé dans un territoire géographiquement circonscrit].

La participation à des dispositifs d’interaction :

Ceux-ci sont rendus possible par «la démassification du public et la revalorisation des relations interpersonnelles (one-to-one) offertes par
Internet»
. Elle conduisent le journaliste vers “la personnalisation” d’une information “on-demand” et celle-ci est diffusée “en temps réel” .

L’interaction, qui “suppose un apprentissage mutuel entre partenaires de l’échange”, “conduira le lecteur à devenir coauteur des textes journalistiques” .

Une crise d’identité ?

Ainsi décrit, le cyberjournaliste est bien un nouveau journaliste, une sorte de mutant du journalisme, car sont modifiées en profondeurs ses relations tant au public qu’à l’information et à sa propre pratique professionnelle.

De plus, en ligne, il n’est plus le seul à produire et traiter l’information et se trouve confronté à de nouveaux concurrents, qui ne se revendiquent pas des canons du journalisme. Alors, qu’est ce qui forme encore son “identité et son savoir-faire professionnel” spécifiques, s’il en dispose encore ?

Une vision pessimiste de ces transformations pourrait nous amener à déplorer, sur le mode nostalgique, cette dilution de la fonction référentielle de la profession journalistique dans un espace-continuum de communication plus englobant marqué par le poids des stratégies marketing des organisations.

Les journalistes face au défi d’internet

L’invention d’un cyberjournalisme représente bien une sorte de défi professionnel pour les journalistes, une nouvelle relation à l’information et au public, un nouveau mode d’organisation professionnelle. Comment l’ont-ils relevé en ces débuts des années 2000 ?

S’appuyant sur les résultats des études de terrain déjà citées, le chercheur semble rester sur sa faim…

Il constate bien une “revalorisation partielle de la fonction documentaire”, le web ouvrant au journaliste de nouvelles sources d’information, sans qu’il soit réellement patent que cela conduise à “une diversification des sources et une meilleure distanciation vis-à-vis de ces dernières”.

On constate plutôt “un renforcement de la dépendance du journaliste vis-à-vis des sources institutionnelles, dominantes sur le cyberespace car produites et contrôlées par les administrations publiques et les grands groupes de l’industrie communicationnelle.”

Seule une petite minorité de journalistes, “qui possède des capacités heuristiques plus développées”, parvient en réalité à vraiment tirer profit de la richesse documentaire d’internet.

La relation au public s’est-elle modifiée en profondeur ? Là encore, le résultat est loin des espoirs, et des attentes : la co-construction de l’information avec le lecteur n’est pas au rendez-vous, l’interactivité proposée au lecteur peine à décoller du simple gadget, la participation réelle des journalistes au débat reste anecdotique.

Une réorganisation des structures de production ?

On pouvait attendre d’Internet qu’il suscite un processus de re-ingeneering dans les organisations de presse, en favorisant en leur sein la mise en place d’un modèle managerial moins hiérarchique, plus flexible, ouvert et surtout participatif.

Or, peu de changements effectifs ont bien eu lieu. Et lorsque cela a été le cas, la réorganisation en question n’a pas souvent été favorable aux journalistes professionnels : création de filiales multimédias déconnectées du reste de la rédaction et générant souvent une dissonance cognitive entre deux catégories de personnels ; interpénétration grandissante entre services rédactionnels et services publicitaires ; accentuation d’un mouvement actuel de précarisation de pigistes de plus en plus amenés à se délocaliser ; et surtout nouvelle division du travail (nous avons évoqué à ce sujet un processus de néo-taylorisation des tâches) qui tend à placer le journaliste « en bout de chaîne ».

Devenu simple fournisseur de contenus (souvent réexploités par d’autres acteurs) ou à l’inverse supersecrétaire de rédaction mettant en forme une information dont la provenance lui échappe (son travail se limite alors à des opérations de copier-coller), ce nouveau « stakhanoviste de la production symbolique » voit ainsi son métier se sédentariser et se bureaucratiser.

Tout ça permettant au moins un renouvèlement de l’offre de produit informationnel ? Même pas !
Les ressources de l’hypertextualité sont très peu utilisées (liens internes comme externes). “Le dispositif énonciatif éditorial” relève toujours largement “du modèle canonique textuel de la presse écrite”, qui fait “de la résistance”. L’ambition d’un “modèle plus objectiviste de l’information”, permettant de “fournir au public les moyens de construire sa propre opinion sur tel ou tel événement”, n’est pas atteinte.

Cyberjournalisme : la révolution qui n’a pas eu lieu

Selon nous, Internet, en tant qu’accélérateur de paradoxes, pousse à ses limites la double contrainte suivante : soit les journalistes professionnels refusent de jouer le jeu des contraintes de l’édition en-ligne, au risque de se voir marginalisés par l’arrivée actuelle de nouvelles professions sur le marché ; soit ils décident de s’investir, d’accepter de nouvelles règles, avec la menace de voir leur spécificité disparaître, mais aussi de faire moins bien que d’autres catégories, mieux préparées, auxquelles ils serviront alors de faire-valoir.

La majorité des journalistes, pour qui internet “n’a pas du tout modifié en profondeur la profession”, semble avoir opté pour la première branche de l’alternative.

En revanche, pour la minorité active de professionnels qui ont fait le second choix, les changements sont plus significatifs. Ils se traduisent par une évolution de la profession de journaliste vers celle de fournisseur d’accès (version pauvre) ou celle d’expert en traitement de l’information. (…) S’il y a changement de paradigme dans la profession, c’est bien à ce niveau-là qu’il se situe. Davantage qu’un journalisme « de communication », nous avançons l’hypothèse que le réseau Internet favorise l’émergence d’un journalisme d’expertise, modèle qui renvoie à un traitement de type techno-bureaucratico-commercial de l’information. Mais peut-on encore, en ce cas-là, parler de journalisme ?

Mais c’est peut-être, s’interroge le chercheur en conclusion, “au delà des frontières du journalisme dit « professionnel »” que s’opère un véritable changement et que sont mises en œuvre des expérimentations innovantes… Si le journalisme, confronté à internet, ne s’est pas spontanément réformé de l’intérieur, peut-être le sera-t-il… par la bande…

Une réinvention de l’information… en marge du journalisme

C’est précisément au point où nous quittons Nicolas Pélissier, que le chercheur Franck Rébillard prend la relève (en 2006), dans cet article-bilan de dix ans de recherche universitaire sur “l’information journalistique sur l’internet”, qui ouvre des perspectives tout à fait différentes…

Franck Rébillard reprend l’observation mais il change de point de vue, ce qui l’amène à présenter un panorama bien plus complexe. Ce n’est plus aux journalistes professionnels, tels qu’ils travaillent en ligne, qu’il s’intéresse, mais à l’offre d’information journalistique telle qu’on la trouve sur internet. Et vu comme ça, de nouveaux “continents” de l’information émergent dans un tableau où les journalistes ne jouent plus un rôle central.

Le chercheur élargit son champ de recherche au delà du “modèle éditorial”, en veillant à “ne pas se cantonner aux seuls sites web reproduisant peu ou prou le modèle des médias de masse, mais investiguer aussi du côté des formes plus originales de l’Internet” et en tentant de définir l’information sans passer par une référence obligatoire a priori au journalisme :

Pour ne toutefois pas tomber dans un « relativisme méthodologique » qui tendrait à faire passer toute information pour un contenu journalistique, nous avons retenu un critère qui nous paraît caractériser fondamentalement l’information journalistique : c’est le rapport à l’actualité. L’information journalistique est avant tout une représentation liée au temps, ce qui la distingue des autres discours sur le monde environnant (discours scientifique, politique, artistique, etc.). Ainsi (…) nous n’avons pas retenu tous les blogs, mais uniquement ceux traitant de sujets d’actualité.

Il dégage ainsi “trois modalités originales de publication sur l’Internet”, qui ne relèvent pas du journalisme professionnel et de son “adaptation” à internet dans les sites d’information dits “de presse” :

La publication autoritative (ex : blog) : diffusion de ses propres créations par un auteur (individuel ou collectif), sans validation préalable par des instances extérieures.

La publication distribuée (ex : peer-to-peer) : mise en circulation décentralisée de biens informationnels, dont l’évaluation s’effectue via l’échange au sein de « communautés médiatées ».

Le niveau méta-éditorial (ex : portail) : offre condensée de contenus ou de liens, intermédiation stratégique dans le processus de réaménagement de la distribution sur l’Internet.

L’information en ligne, en ses multiples lieux de diffusions…

Nous avons alors exploré chacune des quatre modalités de diffusion (modèle éditorial ; publication autoritative ; publication distribuée ; niveau méta-éditorial) en essayant d’y dénicher des contenus journalistiques sur la base première de leur rapport à l’actualité et sur la base secondaire de leur rattachement à l’un des trois genres sociohistoriquement constitués (information d’opinion ; information générale ; information spécialisée). Le croisement de ces deux grilles d’observation – entre modalités de diffusion et types de contenus – a permis de déceler une multitude d’espaces offrant de l’information journalistique sur l’Internet, que nous pouvons ranger en sept catégories :

  • Versions Internet de médias existants (presse en ligne)
  • Versions Internet d’agences de presse (agences de presse en ligne)
  • Publications exclusivement Internet (webzines)
  • Publications – individuelles – exclusivement Internet (blogs)
  • Composantes informationnelles de plateformes multiservices (portails)
  • Regroupements automatisés d’informations d’actualités (agrégateurs)
  • Services documentaires d’archives journalistiques (bases d’archives)

Chacun de ces types de “publication d’information journalistique” possède ses caractéristiques propres (je renvoie à l’article pour le détail). Le grand intérêt des travaux de Franck Rébillard est de dépasser cette typologie (d’ailleurs très opératoire à mes yeux, en ce qu’elle restitue toute la complexité de ce nouveau monde de l’information en ligne) pour “situer les différents espaces de publication dans le cadre plus général des relations qui s’établissent entre eux”.

“Une interconnexion généralisée”

L’observation des relations entre tous ces types de publication sur internet conduit le chercheur à mettre en évidence une “interconnexion généralisée” qui permet une diffusion complexe de l’information, dont il tente de rendre compte par ce schéma :

“Retraitement”, “recyclage” et “circulation réticulaire de l’actualité”

Contre toute attente, ce tableau ne conduit pas réellement à conclure à une explosion de la quantité d’information journalistique (ou d’actualité) disponible en ligne. La nouveauté d’internet réside bien plus dans le renouvèlement des modes d’accès, et dans la mise en place de circuits de “retraitement”, voire de “recyclage” de l’information, un nouveau mode de “circulation réticulaire de l’actualité”.

Le schéma montre que, représentée dans sa globalité, la diffusion d’informations journalistiques sur l’Internet ne se réduit pas à la juxtaposition de plusieurs espaces de publication, mais repose parallèlement sur un enchevêtrement de relations. En y regardant de plus près, on s’aperçoit même que la valeur ajoutée de l’Internet, en matière d’information journalistique, ne réside pas dans la création de nouveaux contenus : ceux-ci ne sont spécifiquement produits pour l’Internet qu’au niveau du bloc (webzines – blogs), et de façon marginale dans la presse en ligne lorsqu’une équipe éditoriale a été mise en place à cette fin au sein du média d’origine ou à travers l’une de ses filiales.

En fait, l’intérêt principal de l’Internet se situe dans la possibilité d’accéder, à partir d’un même moyen de communication, à plusieurs niveaux de diffusion d’informations journalistiques (bien que celles-ci soient le plus souvent recyclées). Pour résumer la situation : les sources d’informations ne sont guère plus nombreuses, mais leur exploitation s’est amplifiée avec l’Internet via une mise en circulation de quelques informations d’actualité.

Retour sur la “parenthèse enchantée” ?

Et le chercheur de proposer deux intéressants parallèles : la presse papier gratuite (peu productrice d’information originale elle-aussi, et qui se borne à augmenter la circulation des dépêches d’agences de presse quasi brutes), et, plus subtilement, les radios libres :

Au final, il apparaît que la création d’informations exclusives à l’Internet se marie avec la reproduction et la circulation, sur le web, d’informations produites initialement pour d’autres supports. De ce point de vue, l’Internet semble s’inscrire dans la longue liste des technologies d’information et de communication qui mobilisent tous les espoirs d’une transformation radicale du journalisme au moment de leur émergence (radios « libres » ou expériences de télévisions « communautaires » par câble, pour prendre des exemples récents) avant de les atténuer.

J’avoue que ce parallèle entre la “parenthèse enchantée” des radios libres du début des années 1980 (qui s’est refermée depuis en laissant place à NRJ et Skyrock…) et les espoirs déçus, on l’a vu plus haut, d’une “révolution du cyberjournalisme” qui n’a pas eu lieu… me laisse songeur.

On verra bien si les blogs s’essouflent (ce semble déjà être le cas pour les webzines militants des origines), au profit d’une évolution plus commerciale du web… Le mérite des recherches de Franck Rébillard est en tout cas de bien souligner que les “inventions” d’internet en matière d’information journalistique ne viennent pas en opposition ni en substitution des mass-médias, mais en “ajout” et en “complémentarité”, comme une couche supplémentaire “héritées des réseaux informatisés comme la compilation automatisée des données ou les échanges interpersonnels”.

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Commentaire :

Il est amusant d’observer, comme le fait d’ailleurs Franck Rébillard, que cette “circulation circulaire de l’information” décrite comme une tare du système médiatique par le sociologue Pierre Bourdieu, devient, sur internet, l’une des caractéristiques principales du mode de diffusion “réticulaire” de l’information. Je soulignais déjà ce point d’ailleurs dans un billet récent : Les vertus nouvelles de la circulation circulaire de l’information.

Je vais tâcher de l’approfondir prochainement, tant cette question de la diffusion me parait aujourd’hui l’une des questions absolument clé de la question plus globale de l’information en ligne. Cela va m’amener à m’intéresser, d’une manière générale, aux réseaux et aux principes de diffusion qui les caractérisent selon leur structure.

Le second point clé de notre question me semble être celui d’un changement profond de la nature de la fonction éditoriale sur internet, et donc du rôle de l’éditeur. Cette question a été abordée, d’ailleurs, de manière très intéressante par Franck Rébillard lui-même, dans son livre “Le web 2.0 en perspective”, que j’ai présenté ici-même, un point sur lequel je suis déjà revenu de manière plus spécifique : L’information à l’état gazeux. Je vais y revenir encore… 😛

2 comments

  1. Voir la “circulation circulaire de l’information” dans les nouveaux médias comme une vertu semble véritablement fécond. On pourrait par exemple imaginer de relier la qualité d’un article de wikipédia au nombre de circulations qui l’ont façonné, c’est à dire au nombre de modifications successives dont il est issu, aux discussions de ces modifications, et plus largement au parcours qu’ont suivi les “informations” dont ces modifications sont issues. Un exemple qui est d’ailleurs peut-être très loin d’être le plus pertinent…

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